Sébastien Buecher revendique une ligne claire : travailler le produit avec respect, puiser dans le terroir alsacien et le faire dialoguer avec des influences lointaines. À partir des légumes du jardin familial et des viandes de producteurs identifiés, il compose une cuisine qui alterne entre tradition et audace, où chaque plat raconte une histoire. Dès l'entrée, on comprend qu'il ne joue pas la sécurité. Les cœurs de canard, à la cuisson douce, s'aventurent sur un terrain rarement fréquenté, avec des champignons de Colmar et du céleri qui apportent autant de relief que de fraîcheur. Le maquereau, juste caressé par la flamme, est posé sur un gaspacho nerveux, où les radis se répondent en pickles, tandis que l'ail cru vient bousculer l'ensemble. Ça secoue, mais ça reste juste. Le merlu, lui, pané au basilic, s'installe dans une logique simple : chair nacrée, pommes Dauphine qui rappellent l'enfance, beurre monté au fumet, et ce ketchup maison un peu trop fumé qui grince mais ne gâche rien. L'agneau arrive en deux temps : d'abord dans un pain pita qui évoque un kebab d'auteur, puis en gigot tendre avec des légumes aux épices douces et un jus peu concis. On sent le chef qui s'amuse, qui ose, sans perdre la ligne. Les desserts, au diapason, permettent de conclure le repas avec élégance comme ce jeu de meringues fines avec un sorbet framboise onctueux et une crème gourmande. La carte des vins, cohérente et exigeante, marie signatures prestigieuses et domaines biodynamiques. Fabien Steib, sommelier précis, sait proposer l'accord qui fait chanter les plats, que ce soit un pouilly-fuissé vibrant ou un Tandem du domaine de Brousse aux arômes inattendus. Guillaume Buecher, frère du chef, est là, attentif, sans gestes inutiles. Il s'assure que tout va bien, puis disparaît avant qu'on ne s'en aperçoive. Quant au lieu, il se fait oublier pour mieux servir le propos : une nef lumineuse aux poutres apparentes, des tables rondes habillées de blanc, une simple fougère en kokedama, et tout respire l'équilibre. Rien ne cherche à séduire par excès, et c'est sans doute pour cela que l'on s'y sent bien.