À quelques pas du musée du papier peint, une façade d'un bleu outremer, signée François Zenner, donne le ton. Des oiseaux stylisés, envolés d'un rêve de globe-trotter, rappellent que cette famille de restaurateurs, installée naguère dans une baraque de l'aérodrome de Habsheim, a toujours su faire rimer gastronomie avec poésie. La salle contemporaine, haute de plafond, baignée de lumière, par un clin d'œil subtil au Petit Prince, parle à l'enfant qui sommeille en chaque gourmet, tandis que deux suspensions Mercury d'Artemide veillent sur la salle avec une élégance presque astrale. Jadis un peu fougueuse, presque excessive, la cuisine de Laurent Haller s'est polie avec le temps. Le chef semble aujourd'hui avoir trouvé sa ligne d'équilibre, et cette maîtrise se goûte à chaque plat. Comme des fugues savoureuses, certains plats racontent des histoires, souvent en duo. Sur une galette de sarrasin, la langoustine, parée de radis roses, est accompagnée de son tartare et d'une huile de navette à l'amertume maîtrisée. Plus loin, un gigotin d'agneau de lait élevé à Rixheim joue la partition du terroir : viande fondante, beignet de pois chiche, jus aux abats qui ose le caractère sans perdre l'élégance. Même les douceurs s'inscrivent dans cette logique de déclinaison maîtrisée : la rhubarbe, l'amande et le shiso se rencontrent en trois temps, dans un ballet gourmand qui conjugue précision, légèreté et un soupçon de gras pour clore sur une note réjouissante. Le service ici ne se fait pas oublier, mais ne s'impose jamais. À chacun son rôle, chacun sa partition. Clément Haller, sommelier en devenir, connaît son sujet et le partage avec tact ; Louis Schmitt, son complice, excelle dans l'art du Coravin et du Chemex, et transforme la préparation d'un café Blue Mountain en moment de théâtre. Une carte des vins perfectible mais ambitieuse : on trouve ici les grands crus alsaciens, les bourgognes de Remoriquet et de Magnien, des bordeaux de collection et des vins de belle lignée d'autres régions. Chez Haller, une adresse à son apogée, tout semble avoir été pensé dans le moindre détail, transformant chaque repas en vraie fête.