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Où dénicher un bon pâté-croûte ?

Où dénicher un bon pâté-croûte ?

Monument de la charcuterie française, le pâté-croûte connaît un véritable retour en grâce depuis une quinzaine d’années. Des charcutiers aux tables remarquables, tour de France des tranches les plus réussies.

Marion Sauveur

Chef-d’œuvre de l’artisanat culinaire français, le pâté-croûte repose sur une architecture complexe : une pâte croustillante qui renferme une farce à la fois moelleuse et riche en morceaux, le tout révélant une coupe aussi nette qu’alléchante.

Ses ancêtres remontent à l’Antiquité, où Grecs et Romains réalisaient des préparations associant pain et viande. Au Moyen Âge, le pâté enveloppé d’une croûte se retrouve sur les tables du peuple et de la bourgeoisie. Mais la pâte qui l’entoure sert alors surtout d’écrin de cuisson et de « boîte de conservation » pour protéger la viande ou le poisson de l’air. Ce n’est qu’au fil des siècles, sous l’impulsion des maîtres pâtissiers, que la croûte s’affine pour devenir aussi gourmande que son contenu.

Longtemps maltraité par l’industrie agroalimentaire et cantonné aux vitrines des charcutiers, le pâté-croûte a aujourd’hui retrouvé toutes ses lettres de noblesse, porté notamment par l’engouement pour le championnat du monde. Entre recettes de tradition et créations d’orfèvres, il fascine de nouveau.

Le plus généreux en croûte : Maison Arnaud Nicolas à Paris

À la boutique Charcuterie Arnaud Nicolas comme au restaurant Arnaud Nicolas Charcuterie Cuisinée (2 toques), le pâté-croûte s’affranchit des dimensions classiques. Son format très plat permet d’obtenir des tranches tout en longueur pour un juste équilibre à chaque bouchée, entre la farce et la croûte. Parmi les signatures de la maison : le PCC, un pâté-croûte composé de caille, de cochon et de foie gras, agrémenté de pistaches, de cranberries, de poires confites et de gingembre. Le tout sans gelée. Ces notes fruitées et épicées apportent fraîcheur et relief à cette farce savoureuse et contrastent avec le croquant de la pâte. Très gourmand.

  • Où ? 46 avenue de la Bourdonnais, 75007 Paris
  • Prix : 85 € le kg en boutique, 18 € la tranche au restaurant

Arnaud Nicolas

Le plus indémodable : Maison Vérot à Paris

Maison Vérot est l’adresse phare de la capitale en matière de pâté-croûte : elle a contribué à dépoussiérer cette gourmandise charcutière il y a une quinzaine d’années. Le pâté-croûte s’y décline aujourd’hui au fil des saisons, dans des versions qui réveillent les grands classiques de la charcuterie, comme le petit dernier, pigeon-cochon-foie gras-cassis. Il a de la personnalité ! Parmi les valeurs sûres : le pâté-croûte vice-champion du monde en 2011. Une tranche goûtue et très équilibrée entre le cochon du Perche, la volaille jaune et le foie gras de canard. Une référence.

  • Où ? 3 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
  • Prix : à partir de 9,70 € la tranche (pour 150 g, soit 64,70 € le kg) ; 12,50 € la tranche du vice-champion du monde (83 € le kg)

Maison Vérot

Le plus instinctif : Dents de Loup à Paris par Paul Di Giandomenico

Dans cette boucherie-charcuterie nouvelle génération avec comptoir de dégustation, le pâté-croûte ne connaît pas la routine. Si la vitrine propose un redoutable classique au cochon fermier et à la pistache, ainsi qu’une version sans porc, la véritable signature des lieux reste la création hebdomadaire. Le charcutier Paul Di Giandomenico improvise une nouvelle recette au gré des arrivages de ses producteurs, comme son fameux pigeon-foie gras-morilles-cœurs de canard-lard de Colonnata. À la dégustation, l’exigence technique saute aux yeux : une pâte au beurre d’Isigny, une gelée issue de vrais bouillons et une lisibilité parfaite des goûts. L’instinct, mais jamais au hasard.

  • Où ? 75 rue Marguerite-de-Rochechouart, 75009 Paris
  • Prix : à partir de 5 € la tranche

Le plus traditionnel : Benoit à Paris par Kelly Jolivet

Chez Benoit (2 toques), institution parisienne où officie Kelly Jolivet, le pâté-croûte est un plat emblématique de la carte. La recette n’a quasiment pas bougé depuis plus d’un siècle. Elle est fidèle à l’esprit d’origine, avec un mélange de viandes, de foie gras et de pistaches, le tout agrémenté d’une fine gelée. La pointe de modernité réside dans la technicité de la pâte : très fine, elle est cuite à blanc pour rester bien croustillante. La tranche est servie avec un cœur de laitue assaisonné d’une crème à la moutarde à l’ancienne… comme à l’époque. Cet accompagnement évolue avec les saisons. La tradition a du bon !

  • Où ? 20 rue Saint-Martin, 75004 Paris
  • Prix : 28 €

Benoit

Le plus canaille : Daniel et Denise à Lyon par Joseph Viola

Chez Daniel et Denise (2 toques), le bouchon lyonnais de Joseph Viola, le pâté-croûte est une référence absolue. Il faut dire qu’il a remporté le premier championnat du monde, en 2009, avec Florian Oriol aux fourneaux. Depuis, il n’a jamais quitté la carte. Il associe des ris de veau, du foie gras de canard, du porc, des foies de volaille, des pistaches et des champignons. La farce, hachée gros, conserve une belle mâche. Il est accompagné d’une généreuse quenelle de compotée d’oignons et de salade verte. Une recette emblématique, merveilleusement équilibrée, qui a largement contribué à redonner ses lettres de noblesse au pâté-croûte au restaurant.

  • Où ? 156 rue de Créqui, 69003 Lyon
  • Prix : 20 €

Daniel Et Denise (2)

Le champion du monde : L’Espace Gourmand à Thuir par Thibault Gonzales

Impossible de ne pas pousser les portes de la charcuterie de Thibault Gonzales, spécialisée en pâtés-croûtes. La star de la maison, c’est bien entendu le champion du monde 2025. Il associe le ris de veau au magret de canard grillé et aux fruits secs, le tout dans une pâte travaillée à la manière d’un vannier et dorée à souhait. Le gros plus : la beauté incroyable de la coupe, avec ses gouttes de foie gras et de duxelles de champignons. À ses côtés, des pâtés-croûtes déclinés au fil des saisons, aux ingrédients bien sourcés : poulpe-cochon pour une version terre-mer, volaille-cèpes, tomates farcies ou encore gibier. Une collection qui fait de chaque tranche une petite œuvre gourmande… et qui vaut largement le détour.

  • Où ? 3 place de la République, 66300 Thuir
  • Prix : 150 € le kilo (champion du monde)

Thibault Gonzales (1)

Le plus créatif : In Pâté Croûte We Trust à Charencey par Emeline Aubry

Ici, le pâté-croûte se construit à l’instinct, au gré des produits, des saisons et des envies. Dans son atelier installé dans l’ancienne cantine scolaire du village, la charcutière Emeline Aubry travaille uniquement sur commande et s’approvisionne directement auprès d’éleveurs voisins. À goûter absolument : son pâté-croûte boudin noir et oignons, qui lui a permis de devenir la première femme à monter sur le podium du championnat du monde, en 2023. Autre découverte : sa version locale façon vallée d’Auge, associant volaille et pommes rôties. Mention spéciale à ses décors minutieux. Elle réveille le pâté-croûte.

  • Où ? Sur commande à l’atelier de Charencey (Orne), en expédition via Pourdebon ou au marché de Mortagne-au-Perche
  • Prix : 11 € la tranche ; 160 € la pièce de 2,6 kg (environ 15 tranches)

In Pate En Croute We Trust

Le plus inattendu : La Conserverie de Belle-Île-en-Mer au Palais par Cédric Maziller

Ici, la rareté crée le désir… Chaque semaine, l’artisan propose une recette unique (deux au cœur de l’été), dictée par les arrivages et ses inspirations. Les classiques, comme le Richelieu ou l’association foie de canard-morilles, alternent avec des recettes plus inattendues : ris de veau-homard, poulpe-chorizo ou encore agneau de Belle-Île à l’ail noir. Auréolé du prix du public au championnat du monde en 2025, Cédric Maziller s’amuse à bousculer les codes dès la pâte, généreusement beurrée et régulièrement twistée avec de la farine de sarrasin ou de l’origan sauvage local. Une créativité qui ne perd jamais de vue la gourmandise : des pâtés-croûtes avec de beaux morceaux, des farces généreuses et des saveurs lisibles. Une démarche artisanale de très haut vol.

  • Où ? ZAC de Merezelle, 56360 Le Palais
  • Prix : à partir de 54,90 € le kilo

Belle Ile

Le plus audacieux : La Manufacture Le Bayon à Bordeaux par Loïc Le Bayon

À La Manufacture Le Bayon, adresse hybride où la charcuterie et la pâtisserie sont reines, les pâtés-croûtes de Loïc Le Bayon occupent une place de choix. La maison propose des créations avec une belle sélection de produits du Sud-Ouest. À côté de l’excellent classique porc du Pays basque, foie gras de canard jaune des Landes et noisettes du Lot-et-Garonne, on trouve des associations étonnantes, comme la version poulet au curry ou la très fraîche truite gravlax en pâte sablée. Le petit plus : les moules sont plus petits que d’ordinaire, ce qui permet un prix accessible. Il y a du bon à bousculer les classiques.

  • Où ? 23 rue des Frères-Bonie, 33000 Bordeaux
  • Prix : à partir de 6 € la tranche

Le Bayon

Le plus juste : La Femme du Boucher à Marseille par Laëtitia Visse

Si le pâté-croûte est historiquement peu représenté dans la cité phocéenne, il fait l’objet d’une véritable fascination à La Femme du Boucher (2 toques). Laëtitia Visse est capable de passer des heures sur le minutieux « chiquetage » ou devant son four pour obtenir la juste cuisson. Sa recette fétiche ? Un pâté-croûte tout cochon… ou presque, avec des noisettes et des figues pour le croquant et le moelleux. La farce s’équilibre avec la pâte ultra-beurrée (la cheffe est normande d’origine) et croustillante. De quoi en faire l’incontournable absolu de la carte.

  • Où ? 10 rue du Village, 13006 Marseille
  • Prix : 16 € la tranche au restaurant ; 55 à 65 € le kilo à emporter

Femme Du Boucher

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