Sofitel Le Scribe Paris Opéra, vitrine de l’art de vivre à la parisienne
Chaque mois, Gault&Millau vous plonge dans l’histoire d’un grand palace parisien. En août, direction le Scribe Paris Opéra, incarnation du chic haussmannien et de l’appartement parisien rêvé.
En une adresse, le client est plongé dans l’esprit parisien. Au 1 rue Scribe, à deux pas de l’Olympia et du Palais Garnier, le Sofitel Le Scribe Paris Opéra incarne l’archétype de l’immeuble haussmannien. Nommé en hommage à Eugène Scribe, dramaturge du XIXᵉ siècle, dont le buste orne l’Opéra, l’hôtel raconte Paris dès le seuil franchi.
Avant l’hôtel, le Jockey Club
En 1864, le demi-frère de Napoléon II, le duc de Morny, est chargé de créer un Jockey Club à Paris. Après plusieurs déménagements, l’espace idéal est finalement trouvé au premier étage de l’immeuble du 1 rue Scribe. « Mais ce Jockey Club n’avait rien à voir avec les chevaux ! », sourit Nicolas Pesty, directeur actuel du Sofitel Le Scribe Paris Opéra. « C'était juste le lieu où se réunissaient des gens de la même caste pour parler politique, culture, jouer au billard, au baccarat, etc. »
À l’étage supérieur, le dernier de l’immeuble, des bureaux administratifs sont aménagés et quelques chambres voient le jour. Très vite, « le Jockey Club est devenu très important dans la société parisienne ». Les membres, fiers d’y appartenir, souhaitent que leur famille puisse également y séjourner. « Mais il y avait des gens qui n’habitaient pas à Paris et qui devaient rester dormir sur place », raconte Nicolas Pesty. C’est ainsi qu’en 1867, le lieu se transforme progressivement en hôtel.
La même année, lors de l’Exposition universelle, le Scribe devient le lieu de réception des têtes couronnées. Dans la quarantaine de chambres logent le roi des Pays-Bas, Guillaume III, le roi des Belges, Léopold II, le prince de Galles ou encore le futur roi Édouard VII, tous élus membres honoraires du Jockey Club. « C’était l’endroit où il fallait être à Paris, “the place to be”. »
En tant qu’observateur et membre du club, Marcel Proust immortalise sa vision de la société parisienne dans ses romans, donnant naissance en 1913 à À la recherche du temps perdu. Le tout-Paris y fait halte, à l’image de Jules Verne.
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Lieu de prestige et d’innovation
En 1871, le malletier Louis Vuitton ouvre sa première boutique au rez-de-chaussée de l’hôtel. L’adresse fermera en 1914, à l’aube de la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, le café Scribe & Cie y est installé, avec une décoration faisant référence aux célèbres malles.
Au même étage, le Grand Café abritait des salons de jeux, mais fin 1895, le préfet de police interdit certaines activités comme le billard dans les cafés et bars, privant ainsi les propriétaires d’une source de revenus importante. Face à ce changement, le propriétaire, monsieur Volpini, entend parler des frères Lumière et décide d’accueillir une première mondiale : le 28 décembre 1895, il propose une séance de projections composée de plusieurs films courts, d’une vingtaine de minutes. Parmi les titres : La sortie de l’usine Lumière à Lyon, La Voltige ou La pêche aux poissons rouges. « 33 personnes se sont rendues à la session. Le lendemain, mille personnes étaient présentes. Ce fut un vrai succès ». Aujourd’hui, ce lieu de projection est devenu un restaurant.
En 1897, huit ans après l’installation de l’électricité et du téléphone pour les clients, les premiers ascenseurs font leur apparition dans l’hôtel. L’établissement poursuit son expansion en ajoutant des étages pour atteindre 201 chambres. Lorsque le Jockey Club déménage en 1924, l’hôtel gagne enfin la liberté de réaliser son ambition : devenir un palace. L’année suivante, les 4ᵉ, 5ᵉ et 6ᵉ étages sont construits, tandis qu’un septième étage reste réservé à l’administratif.
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Un établissement marqué par l’histoire
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Scribe est réquisitionné par la Wehrmacht pour le contre-espionnage et devient ensuite QG des correspondants de guerre : « Ils étaient 530 journalistes du Canada, d’Angleterre, des États-Unis… ». Parmi les invités célèbres : Lee Miller, Joséphine Baker — qui vivait au 1er étage et s’est liée d’affection avec un portier qu’elle adoptera, Jean-Claude Bouillon-Baker — et Marlene Dietrich. Le 2 mai 1981, l’hôtel innove en embauchant des femmes comme chef de réception et chef concierge. « Ce qui était assez révolutionnaire ! »
Immersion dans un appartement parisien
En 2022, le Scribe se réinvente pour une clientèle majoritairement étrangère, « à 70 % américaine ». « L’objectif est de se sentir chez soi », souligne Nicolas Pesty. Les chambres racontent Paris : colonnes de Buren, tuyauterie en bronze rappelant le métro, fausse cheminée, téléphone d’époque. Un placard ouvert à l’entrée invite au shopping « des grands magasins du quartier », tandis qu’un purificateur d’eau remplace les bouteilles en plastique. Chaque détail, du mobilier aux produits Balmain dans la salle de bains, est pensé pour immerger le client dans la capitale française.
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Ainsi, le Sofitel Le Scribe conjugue patrimoine, confort et immersion parisienne, où histoire, culture et luxe se vivent au quotidien, dans le style d’un véritable appartement parisien.