Il fait partie de cette lignée de cuisiniers qui envisagent leur métier dans sa globalité, sans se limiter à quelques belles notes de piano. Dans l'approche de Mathieu Guibert, il y a une vision, une volonté, un engagement. Envers ses équipes, entièrement citées au dos du menu, envers ses producteurs et pêcheurs, envers ses clients bien sûr, et dans la démarche même de conception de la cuisine. Tout fait sens ici, sur le merveilleux petit port de la Gravette, où vous êtes seul face à l'océan. Seul ou pas, mais surtout bien accompagné par une brigade volontaire qui déroule une plage de plaisir rare. Les "deux frères" pêcheurs, juste en face, abondamment cités, ont apporté les oursins et le tourteau qui font l'apéritif, en délicatesse et puissance iodée. Les assiettes, épurées mais loquaces, se succèdent : le rouget nacré sur une gelée de soupe de poisson et caviar Pétrossian, les délicieux bouquets avec une sauce capucine et des petites pommes soufflées, le splendide ormeau sur un tapis des premières asperges blanches cardamome et un jus d'arêtes et parures de turbot. Un grand plat qui exprime la tonalité générale : la simplicité, une forme de modestie qui peut rendre perplexe les chasseurs d'étiquettes (quoi ! il n'y a pas un kilo de lamelles de truffe sur chaque assiette !?) et l'extrême justesse de goût, telle qu'on la connaît par exemple chez Alexandre Couillon, pas si loin de là dans la géographie comme la philosophie. Le filet de turbot n'est pas perdu : il est bien là, avec des coques dodues et une sauce salicorne, même jeu, même justesse, avant le saint-pierre salsifis café, le plat le plus Relais et Châteaux de la soirée, généreux et travaillé, sans néanmoins démériter, avant un suave dessert chocolat. Grande cave (une constante depuis les Vételé, auxquels Mathieu Guibert a succédé) sans vraiment de creux, hormis en bordelais, ce qui constitue aussi un parti pris recevable. Des prix attractifs, sur les verticales comme sur les grandes étiquettes, et bien sûr une force sur tout le pays nantais, servie par un sommelier passionné, au débit imposant.
Coquillages de mon pays en différentes textures - en arrivage des familles Bourgongne, Fritel, Rousseau ou Valzolgher, gelée d’un consommé d’échalotes acidulé
38 €
Risotto cuisiné à l'anguille fumée - langoustines bretonnes en épais carpaccio, émulsion au parmesan de la maison Beillevaire
48 €
Plat principal
Saint-pierre délicatement étuvé aux algues - pomme de terre « rosabelle » de la famille Morisseau au citron doux sauce onctueuse au vermouth de la maison « Distiloire »
43 €
Boeuf de race "Jersiaise" en différentes cuissons - de la « ferme des belles robes » et sélectionné par Cyril, comme une tarte à l’oignon souvenir de mon enfance, jus condimenté
49 €
Dessert
Nuage et coulis de fraise au sechouan rouge - pain de Gênes et crème légère à l’amande, rafraîchit d’un parfait glacé au combawa
25 €
Chocolat Guanaja infusé au melilot - macaron au thym-citron, crème brûlée au cassis noir de Bourgogne, sur un sablé croustillant au Xocopili
25 €