Le rosé des Riceys, un rosé qui ne l’est pas
Appellation confidentielle, vin à la fois de gastronomie et de garde, le rosé des Riceys n’a finalement pas grand-chose à voir avec la planète des rosés. Découverte de ce bijou insolite de l’Aube.
Lorsqu’on se promène aux Riceys, le vignoble morcelé et les dénivelés peuvent surprendre et, très vite, séduire. Au sud de la Champagne, non loin de la Bourgogne, la commune s’enorgueillit d’être la seule à compter trois appellations : champagne, coteaux champenois et rosé des Riceys. Au vu des magnifiques coteaux en croupes et des pentes pouvant aller jusqu’à 35 degrés, on comprend que le parcellaire empêche toute mécanisation et que la vendange se fait manuellement. Un vignoble réellement à part, un rosé pas comme les autres qui a d’ailleurs connu un illustre passé, notamment prolifique avant le phylloxera, puis reconnu et préféré de quelques personnalités du début de siècle, à l’instar du peintre Renoir, qui en raffolait.
Un vin de parcelles
Reconnue en 1947, l’appellation est aujourd’hui portée par une vingtaine de vignerons qui donne naissance à ce nectar encore malheureusement méconnu de trop de consommateurs, malgré ses nombreux atouts. À commencer par son terroir, le village figurant le palier entre Champagne et Bourgogne, composé de sols argilo-calcaires, notamment le kimméridgien, comme à Chablis.
L’aire d’appellation s’étend d’ouest en est, on ne retrouve donc pas les mêmes argiles ; les « contrées » comme on les appelle ici, autrement dit les micro-terroirs, sont très différentes, de même que les nombreux microclimats. Le rosé des Riceys « est un véritable vin de parcelles, explique Arnaud Gallimard, le président de l’appellation et vigneron du domaine qui porte son nom. Nous travaillons nos vieilles vignes, nous faisons des tailles plus courtes, de petits rendements et, globalement, nous sommes davantage sur la concentration que sur les volumes. » Le rosé des Riceys – un vin finalement mal nommé, tellement il est complexe et lié à son millésime – est issu uniquement du pinot noir, et s’obtient par une macération dont chaque vigneron a le secret.
On observe ainsi des robes différentes d’une cuvée à l’autre, allant d’une couleur soutenue, un rouge garance, jusqu’à des teintes claires, très légères. Même chose côté palette organoleptique : la trame des arômes se révèle assez large, bien qu’on retrouve des caractéristiques communes, comme les notes de griotte, de fraise des bois et le fameux arôme de cerise, assez largement répandu.

© Alexandre Bonnet
Un rosé de terroir adaptable à toutes les situations
La richesse parcellaire du rosé des Riceys, couplée à ses différentes expressions selon les millésimes, lui confère un autre atout de taille : celui de pouvoir aller dans beaucoup de directions en termes d’accords mets et vins. En effet, que ce soit en apéritif, en accompagnement d’un poisson blanc, d’une viande comme le canard ou sur un dessert, il est particulièrement apprécié des sommeliers et des passionnés. Un engouement qui dépasse les frontières, comme en témoigne le vigneron Arnaud Gallimard, qui exporte beaucoup au Japon, son principal marché à l’international : « Avec leur curiosité, leur grande connaissance de la gastronomie, les Japonais l’aiment beaucoup. Et c’est vrai qu’avec le fameux umami, on n’est pas loin de l’accord parfait. »
L’équilibre naturel du rosé des Riceys, entre fraîcheur champenoise et élégance bourguignonne, fait songer plutôt à un rouge léger qu’à un rosé. Et son potentiel de garde en fait un véritable vin de gastronomie, alliant harmonieusement gourmandise au palais et structure. Aujourd’hui, même s’il faut bien reconnaître que les vins se vendent de plus en plus jeunes, cela n’empêchera jamais un amateur averti de le conserver en cave s’il le souhaite ! Le rosé des Riceys demeure un vin à part, à la fois puissant et élégantissime. Et sachant que, en trois ans, cinq nouveaux vignerons qui ne faisaient auparavant que du champagne se sont mis à produire du rosé des Riceys, cela laisse à penser que l’appellation a encore de beaux jours devant elle.
Cet article est extrait du Magazine Gault&Millau #10. Ce numéro est à retrouver sur notre boutique en ligne.