La cavalerie n'est jamais en retard chez Lafaurie-Peyraguey. Du cristal Lalique, du grand vin, du luxe partout, la belle salle de restaurant ouvrant sur les vignes et la cuisine au petit point du MOF Jérôme Schilling, les touristes en ont naturellement plein les yeux. Le petit truc en plus est presque ici un mantra, dans l'attention visible, dans le fignolage, dans la mise en scène qui frôle parfois l'ostentatoire. En cuisine, le chef se montre d'une rigueur extrême, convoque quand il le faut la truffe et le caviar (toujours de bon plaisir sur le moelleux de chou-fleur et vodka en mise en bouche), met au tableau d'honneur le turbot, à la flamme et confit, carotte et kalamansi, sauce vinaigrette sauternes fenouil, goujonnette mayo, comme un peu plus loin le merlu de ligne de Saint-Jean de Luz, kimchi cresson purée comme chez Robuchon (il y a travaillé) gel bergamote vinaigrette à la fleur de sureau... Parfois, le pointillisme atteint un peu les limites du genre, comme sur l'asperge et anguille au verjus de sauternes, ne rendant justice ni à l'une ni à l'autre, réduites à une simple évocation malgré la grande technicité et une bonne et légère hollandaise, le goûteur retrouvant mâche et caractère avec le bœuf de Bazas condiment moromi (soja fermenté) parfait de petits pois à la française et jus concentré. Le très bon service, digne des lieux, est soutenu et encadré par Jennifer, l'épouse du chef, jusqu'aux bons desserts de la nouvelle pâtissière, Jade Franceschino, comme sa création autour de la pomme sur un socle de patate douce. Cave de palace, collectionnant avec respect toutes les grandes étiquettes, sans indécence : tout y est à peu près abordable, relativement au statut de la maison, et l'amateur éclairé trouve le grand cru de sa préférence, y compris en Italie ou en Espagne, à un tarif acceptable.