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Micro-domaines : de bons vins avec peu de moyens

Micro-domaines : de bons vins avec peu de moyens

Prendre soin d’une très petite surface de vignes et élaborer des cuvées de qualité avec peu d’équipement : tel était le cœur de la mouvance des “vins de garage” des années 1990 dans le Bordelais. Qui sont les micro-domaines d’aujourd’hui ?

Justine Kna​pp

Au début des années 1990, à Saint-Émilion, une poignée de vignerons a dénoté dans le paysage bordelais en produisant en quantité minime et avec peu de moyens des vins de qualité salués par la critique. Près de trente ans plus tard, pour quelles raisons choisit-on un micro-domaine ? Peut-on en vivre ? Trois structures récemment agrandies livrent leur témoignage.

Domaine du Petit Poucet, Gérard Blaess

Gérard Blaess : Je suis le plus petit metteur en marché d’Alsace. Mon père était vigneron. Il cultivait deux parcelles ayant appartenu à son père, dont une très vieille vigne sur le grand cru Steinklotz. Quand il est tombé malade, ma mère a voulu les vendre. C’était il y a près de trente ans, j’avais 35 ans, j’ai choisi de reprendre sans jamais arrêter mon premier métier de technicien dans un bureau d’étude à Obernai. Je m’occupais de la vigne les soirs et les week-ends, une activité physique agréable, je posais un jour ou deux pour vendanger, cela suffisait.

Je voulais aussi montrer qu’on pouvait faire du vin avec peu de moyens techniques. Dans mes vignes, la pioche et un petit tracteur suffisent. Les neuf premières années, j’ai livré mon raisin à un grand négociant car je n’avais pas de cave. Un jour, en voyant mes belles petites grappes bio broyées par la vinification industrielle, je me suis décidé. J’ai pris une année sabbatique et passé mon brevet professionnel pour lancer mon domaine. Toujours double-actif, j’ai signé mon premier millésime en 2009. Mon petit équipement de cave a été amorti financièrement au bout de huit ans.

Depuis peu, je suis retraité de mon autre métier de technicien. Pour la première fois, grâce à ce temps gagné et à des opportunités de foncier, j’ai étendu la surface du domaine, de 45 à 70 ares. M’agrandir, c’était un moyen de chasser l’ennui pour ma demi-retraite.

Le domaine :

Domaine de la Bénisson-Dieu, Régis et Aude-Reine Anouil

Régis Anouil : À notre changement de vie à 50 ans, nous voulions trouver un lieu où travailler à deux sans mécanisation, à mesure de nos moyens physiques. En 2019, nous nous sommes installés sur la surface minimale pour être considéré comme entreprise agricole (qui varie selon les régions, NDLR), sans plan économique particulier.

Si tout va bien, cette année, nous parviendrons à nous verser notre premier salaire. Nos bases sont fragiles, nous avons sous-estimé le temps commercial, les ventes ne tombent pas toutes seules. Et les rendements de nos vignes sont très bas, autour de 20 hectolitres par hectare, soit la moitié de la moyenne de l’appellation. Mais ce point ne nous effraye pas, cela confère aux vins une densité qui plaît beaucoup.

Nous avons cependant planté 1,3 hectares supplémentaires de cépages hybrides. Pour une économie plus confortable et par curiosité pour ce qui nous semble une voie d’avenir. Ces cépages sont plus en accord avec notre projet agronomique. Du fait de leur bonne résistance aux maladies, ils ne nécessitent que très peu voire pas du tout de cuivre et de soufre. Notre idée n’est pas d’entrer dans une course à la surface, on veut simplement vivre de notre travail sur terre.

Le domaine :

Closeries des Moussis, Laurence Alias et Pascale Choime

Laurence Alias : J’étais ingénieure agricole et Pascale oenologue. Nous avions une idée politique en tête : faire du vin dans le Médoc avec peu de moyens technologiques et faire bon. Des vins qui peuvent se boire jeunes comme se garder dans le temps, vibrants comme les cabernets-sauvignons aériens des années 1960 qui nous avaient procuré de grandes émotions dans la région.

Le mouvement bordelais des vins de garage nous avait interpellées, on savait que c’était possible. Les anciens rappellent d’ailleurs que la double-activité était un classique dans le Médoc. Il n’était pas rare de croiser un boulanger cultivant 30 ares de vigne à côté. La région était remplie de petits chais.

Notre idée a été de peu investir, elle s'est concrétisée en 2009. Nous louions 2 hectares de vignes pour peu, travaillions dans les vignes à la main et au cheval et dans un chai bien isolé qui réclame peu d’énergie. Seul un emprunt de 25000 euros avait suffi à notre installation, en plus de notre travail salarié qui avait financé les débuts. Cette faible implication bancaire nous a permis une grande liberté. Nous avons pu prendre dès le départ des risques : culture en bio, vinification avec les levures naturellement présentes, très peu de sulfites. Notre premier millésime s’est intégralement vendu et les clients nous ont suivies ensuite. Avec deux hectares, nous nous tirions deux salaires à plein temps.

Pourtant, nous avons dû ardemment prouver la viabilité de notre entreprise pour obtenir le statut de viticultrices et cotiser pour notre future retraite. La micro-activité vigneronne n’est pas encouragée par la profession.

Après huit années à ce rythme, 2017 a changé la donne. Depuis, le gel de printemps est devenu systématique et le mildiou de plus en plus virulent. En 2020, nous nous sommes résolues à doubler la surface et à acheter quelques cuves en plus. Ce n’était pas une décision qui allait de soi, mais vivre de si peu de vignes avec les aléas climatiques n’était plus possible.

Le domaine :

  • Appellation Haut-Médoc et Margaux
  • 4,5 hectares (biodynamie)
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