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Il a tout quitté pour créer un whisky breton qui séduit déjà les chefs

Il a tout quitté pour créer un whisky breton qui séduit déjà les chefs

Dans une région déjà renommée pour son whisky, Bertrand Jestin façonne une gamme biologique et finistérienne de bout en bout. Du maïs de Loctudy aux orges du nord Finistère, Bale Bro incarne une nouvelle génération de spiritueux profondément ancrés dans leur terroir.

Mathilde Bourge

Il faut pousser la porte d’un atelier discret de Gouesnou, à quelques encablures de Brest, pour comprendre ce que signifie vraiment « faire un whisky de ses dix doigts ». Ici, les alambics chauffent doucement, les fûts patientent dans la pénombre, et le temps s’étire. Trois ans au minimum avant qu’une goutte ne puisse être dégustée. Trois ans de silence, de veille attentive et de convictions tenaces.

L’histoire commence loin de là, à Santiago du Chili. C’est là que Bertrand Jestin rencontre Waldo Brown, son futur associé. Les deux hommes partagent quatre années de colocation et une amitié solide. Vingt ans plus tard, pour ne pas laisser la distance éroder ce lien, ils décident de créer ensemble une entreprise. Nous sommes en 2019 : Bale Bro est né. Waldo vit toujours au Chili ; Bertrand, enfant du nord Finistère, revient à ses racines, entre Lesneven et Plouider. C’est là qu’il veut entreprendre.

Bertrand Jestin @nomades
© DR

Ancien responsable des ventes dans le vin pendant plus de vingt ans, Bertrand Jestin a longtemps sillonné les routes et les aéroports. « Je rentrais souvent le vendredi soir à 22 heures. La maison était silencieuse. Je prenais une douche, puis je m’installais pour savourer un verre de whisky. C’était mon moment à moi. » Ce rituel, presque intime, devient une ambition : offrir à d’autres ce moment suspendu. Non pas un whisky démonstratif, boisé à outrance, mais un spiritueux équilibré, accessible, à la belle attaque et à la longueur gourmande. 

Du maïs breton dans l’alambic 

S’il se dit amateur de bourbon, c’est pourtant en Bretagne qu’il ancre son projet. Bale Bro choisit d’emblée la voie du bio et du local. Un parti pris exigeant. Le maïs – céréale encore rare dans le paysage du whisky français – devient sa première signature. Du maïs denté, cru, 100 % biologique. 

Bal Bro @nomades

Une partie provient de Loctudy, chez Florence Ollivier et Marc Sparfel, éleveurs de vaches Angus. Ils cultivent initialement pour leurs bêtes ; la rencontre avec Bale Bro ouvre un nouveau débouché. Petit à petit, l’objectif se précise : n’utiliser que des céréales bretonnes. 

L’orge et le seigle viennent également du Finistère, tandis que le maltage s’effectue à Scaër et la distillation à Gouesnou, dans deux alambics écossais Forsyths – un 900 litres pour la première passe, un 300 litres pour la seconde. Bertrand Jestin s’est formé plusieurs mois avant de se lancer : à la Brasserie du Baril auprès de Benoît Corre à Brest, à la distillerie Kinkiz à Quimper, en Charente, puis jusqu’à Denver dans le Colorado, ville jumelée avec Brest.  

L’équilibre plutôt que la puissance 

Le premier whisky de maïs, commercialisé en octobre 2023, donne le ton. Robe dorée, nez pâtissier, vanille et caramel au lait, bouche souple et soyeuse : l’onctuosité naturelle du maïs apporte une gourmandise enveloppante, sans lourdeur. Une partie vieillit en fût de chêne américain, pour les notes de coco et de vanille ; d’autres lots reposent en chêne français, plus délicat, afin de préserver l’équilibre recherché. « Je ne voulais pas d’un whisky trop boisé, mais quelque chose de facile à boire, avec beaucoup d’arômes et une vraie longueur en bouche. » 

En mai 2024, un whisky d’orge vient compléter la gamme. Plus céréalier, très aromatique, il développe une belle rondeur et une subtile touche saline en finale, presque iodée, clin d’œil discret au terroir breton. En 2025, un troisième opus, mêlant seigle et orge, affirme un caractère plus épicé, légèrement poivré, avec une finale sèche et nette, signature du seigle. Trois expressions, trois tempéraments, mais une même ligne : précision aromatique, structure, longueur. 

Certifiée bio depuis 2023 et intégrée à l’IGP whisky breton, la distillerie revendique une traçabilité complète, du champ à la bouteille. Choisir le bio n’est pas qu’un argument commercial : c’est participer à un écosystème vertueux, recréer de la biodiversité dans les champs, encourager des pratiques agricoles plus respectueuses des sols. 

Bale Bro Whiskey Verre @nomades
© Nomades

La production atteint aujourd’hui environ 30 000 bouteilles par an, distribuées dans près de 150 points de vente, chez des cavistes et des restaurateurs comme La Butte à Plouider (16/20 – 3 toques), le restaurant Nicolas Carro à Carantec (15,5 – 3 toques) ou La Pomme d’Api à Saint-Pol-de-Léon (17/20 – 4 toques). 

Au fond, Bale Bro raconte une histoire simple : celle d’un homme qui, après avoir longtemps vendu les produits des autres, a voulu créer le sien. Un whisky né d’un souvenir du vendredi soir, d’une amitié à distance, d’un territoire. Un moment privilégié... comme promis !
Liste des revendeurs sur www.balebro.com

▶ Cet article est extrait du guide Bretagne 2026. Retrouvez ce guide en librairie ou sur notre boutique en ligne.  

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