Gilles Goujon : « La nature va faire son travail, mais nous devons l’aider »
Entre le 5 et le 28 août 2025, près de 18 000 hectares du massif des Corbières partaient en fumée, dont une partie de l'âme de Fontjoncouse où Gilles Goujon (5 toques) a installé son restaurant en 1992. Un an plus tard, il fait le bilan et parle d'avenir en regardant les montagnes encore noircies sur lesquelles, çà et là, la nature reprend ses droits.
GAULT&MILLAU Nous sommes sur les hauteurs de Fontjoncouse (Aude) où vous résidez ; l’Auberge du Vieux Puits est située en contrebas. Autour de nous, une vue panoramique sur les Corbières mais ce n’est plus celle que vous avez connue.
Gilles Goujon : Tout était vert avant l’incendie. Juste là, en descendant, il y avait des petits chênes, des arbousiers, des genévriers… C’était magnifique, tellement dense qu’on ne pouvait pas passer à pied, et les sangliers s’y régalaient ! Là-haut, c’était farci de romarin, de thym, de lavande que j’allais ramasser. Tout a cramé… Ici, j’ai un peu de pèbre d’aï [sarriette], qu’on va replanter. C’est tout ce qu’il nous reste.
Revenons à ce 5 août 2025, jour où l’incendie a débuté…
G.J. : Je m’étais absenté et, par la force des choses, j’ai organisé l’évacuation à distance quelques heures avant que l’ordre soit donné. Le feu était à quarante kilomètres, mais il ne fallait pas tarder. Il y avait dans l’établissement soixante-dix personnes, clients compris, et plus de cinquante voitures. Les pompiers montaient au moment où les clients partaient en milieu d’après-midi. C’était le bon moment sinon tout le monde aurait été bloqué.
Dans quel état d’esprit étiez-vous ?
G.J. : Par téléphone, je rassurais tout le monde en disant « Mais non, ça ne va pas brûler… », et j’en étais vraiment persuadé ! J’ai toujours considéré l’endroit comme protégé et cela me semblait impossible que ça prenne feu. Certains endroits brûlent régulièrement tous les quinze à trente ans. Ici, jamais. C’est la première fois à Fontjoncouse.
