Dans la famille Goujon, je demande les fils, Enzo, habituellement en poste à Fontjoncouse, et Axel, le pâtissier surdoué, qui navigue entre Béziers et les Corbières. Avec un jeune chef arrivé récemment, ils forment un trio redoutable, surveillé de près par Papa Gilles, qui leur a tout appris, en particulier comment gagner des toques en jaune et autres babioles en rouge. Et ça marche ! Dans cet intérieur feutré, où règne une atmosphère juste un peu trop policée pour cette jeunesse pétulante, ils sortent des assiettes techniquement au-dessus de tout reproche et quelques grands plats, comme la crevette magnifique avec son riz façon soccarat (celui du fond d’un plat de paella) et son jus des têtes, ou encore la quenelle merlu betterave comme une rose dans son écrin, la sauce dieppoise et les épinards… On regrette un peu les menus cachés imposés, pourtant pas le genre de cette famille d’épicuriens, qui connaît si bien le plaisir à table et sa liberté nécessaire, mais on applaudit à la justesse du propos, les allusions ludiques et excellentes à la région (fausse vraie moule, fausse vraie huître et faux vrai couteau sur la « corde à huître »), le poireau spectaculaire dont on garde le cœur fondant avec le maquereau bbq, l’association gagnante saint-jacques contisée truffe sot l’y laisse jus de volaille et artichaut, le merlu chou-fleur beurre blanc maltais et caviar… Tout a du sens et consacre déjà de grands talents qui vont se confirmer au fil du temps. Cave bien fournie avec tous les cadors de la région, vin au verre à la voix, le tout géré par un sommelier précis et assuré, jeune équipe de salle très motivée et bien encadré par le très bon directeur de salle Bruno Furon.