Finesse et intelligence : à l'Astrance, et depuis toujours, on prend de la hauteur. On évacue l'ordinaire, la pesanteur, l'attraction universelle vers le commun. Dans la salle de la rue de Longchamp, qui était il y a quarante ans le Jamin de Joël Robuchon, Pascal Barbot plante l'atmosphère, plus pure, plus saine, en quelques traits : avec la saint-jacques, l'huître raidie en coquille, miso et moelle de bœuf, une passerelle entre Bretagne et Japon, une de plus, parfaitement réussie pour ce chef baigné dans les deux cultures depuis toujours. Une petite cuiller de riz koshi-hikari sauce bonne femme pour se refaire le palais avant cette merveille de maquereau, souple et ferme à la fois, juste léché par la flamme, un beurre blanc soja et trois points de légumes, betterave en origami à l'orange, poireau et carotte. Toujours la pureté, la sobriété, ce qui n'exclut pas la générosité, par exemple d'un canard colvert jus bigarade, cuisson parfaite, saignante et pas sanguinolente, avec une rôtie irrésistible. Le chef, avec son complice et associé Christophe Rohart, toujours aussi juste, proche et élégant en salle, sort enfin des nuages en 2025, après avoir réglé les problèmes inhérents à leur nouvelle adresse, et il n'a rien perdu de sa vista, toujours capable de fulgurances, comme ce grand dessert cacahuète oseille, un tour de force pour doser le sucré, la fraîcheur, la saveur dans une harmonie inédite, pour faire encore de l'Astrance une table à part (et à ce niveau, l'addition n'a vraiment rien d'effrayant). La cave est à l'image de l'assiette : partisane, singulière et pourtant œcuménique entre ancien et nouveau, toujours dans l'extrême qualité, réunissant par exemple Clusel-Roch Gangloff et Souhaut sous le chapitre Rhône, Bobinet Germain et Clos Rougeard sous celui de la Loire.