Depuis une dizaine d'années, la table de Thibaut Ruggeri, Bocuse d'or 2013, est à l'image des lieux remplis d'histoire qui abritent la nécropole royale des Plantagenêts mais aussi un musée d'art contemporain ; la tradition est respectée à travers un menu qui change à chaque nouvelle lune tout en conservant son rituel fontevriste : la soupe et le pain sec, revisitée comme il se doit au gré des saisons et en ce début d'été, les miettes de pain grillées accompagnent un velouté de concombre, brunoise et poudre de chou ; la modernité, la créativité sont dans chaque assiette comme avec cette asperge blanche à la verticale dans sa brioche salée, lamelles rôties sous grains de caviar ou ce merlu de ligne, sa moelle, sa fine tranche de pain beurré et grillé au lieu et place de la peau, une sauce de fumet de poisson déglacée au vin rouge puis ce veau rosé percé d'une langoustine, endive braisée et coup de génie, relevé par une délicate anchoïade ; les desserts sont au même niveau avec un cornet de glace au miel, recouvert d'une galette à l'hydromel ou ces fraises en trois textures sur un sorbet fèves basilic et fèves fraîches. La carte des vins habilement construite autour des vins de Loire est mise en valeur par un jeune et talentueux sommelier ; la cuisine de ce chef amoureux des arts, modifie les codes, associe la terre et la mer et vice versa, le fruit et le légume, dans une élégante sobriété, un raffinement épuré ou le superflu n'a pas sa place ; une cuisine de l'essentiel confirmée par trois toques et un point de plus.