Entre tradition et modernité, la table de Thibaut Ruggeri, Bocuse d'or 2013, est à l'image de ces lieux remplis d'histoire qui abritent la nécropole royale des Plantagenets mais aussi un espace d'art contemporain. À chaque nouvelle lune, le chef nous invite à un voyage rempli de rituels comme la soupe fontevriste qui s'adapte aux saisons (un gaspacho de concombre et poudre de pain sec en ce début d'été) mais aussi d'assiettes créatives comme ces lamelles de courgettes entrelacées à la verticale autour d'un fromage glacé ; la vue sur un jardin intérieur ne nous empêche pas de savourer un merlu mariné dans un vin rouge local, jus à la salicorne et moelle de bœuf, l'artichaut en deux façons apportant une grande puissance de goût ; le canard et sa sauce au sang, vin et vinaigre de Xérès, se marient avec justesse à un chou d'un vert franc sur le dessus, fondant à l'intérieur avec les tiges confites. Après le traditionnel pré-dessert macaron fin, miel et hydromel, l'abricot est dans tous ses états : en compotée sous un sorbet au fenouil ou en tartelette acidulée. Les assiettes sont composées comme un tableau par un chef épris de musique et de photographie qui nous dresse sur papier un plan détaillé des lieux, du potager, sans oublier le calendrier lunaire. Nul doute que les moines de jadis seraient à la fois rassurés par l'aspect monacal et épuré de chaque plat mais surpris par le talent créatif d'un chef qui trace une cuisine de l'essentiel où le superflu n'a pas sa place.