Nous avons suffisamment souligné qu'Arnaud Faye étant sans doute le candidat idéal à la succession d'Eric Frechon pour ne pas déjà placer cette transmission en perspective. Un an après l'intronisation du chef, le Bristol, plus que jamais, repose sur de solides piliers. On s'installe, comme depuis toujours, dans cette salle noble et feutrée ouvrant sur le jardin, on déchiffre avec entrain une carte affriolante de luxe sans tapage, de compositions flatteuses, dont la difficulté, mais aussi la perfection technique échappe au profane, en toute sérénité. Car il s'agit bien de cela, de ce chef minutieux jusqu'au bout de la spatule, orfèvre en son art qui permet à chacun de chasser le doute pour s'abandonner totalement dans une séquence parfaite : homard morilles bisque au vin jaune, tourteau sarrasin et salicorne mayonnaise coraillée, saint-pierre caviar celtuce concombre à la livèche crémeux aux coques, pigeon de Pornic maïs et champignons jus réduit à la cardamome noire. Le chef fait exactement ce qu'il faut pour correspondre à l'attendu dans une prestation où le sans-faute est un pré-requis, comme dans le service brillamment mené par des cadres chevronnés, sous la haute direction de Frédéric Kaiser. Brillants desserts de Maxence Barbot, sur le même modèle, déclinant les indispensables selon la saison (chocolat, rhubarbe, figue, vanille…). Cave évidemment énorme, des verticales sur tous les grands crus, une somme des plus belles vignes mondiales.