La table de Jean-Luc Brendel est un monde unique, quelque part entre l’Alsace et les films de David Lynch, avec ce décor époustouflant de murs rouges et poutres noires, à la fois impressionnant et onirique. Le décor de cette maison de 1539 incarne à lui seul toute la singularité du restaurant, nageant en eaux libres depuis 1982. Le chef n’est pas moins proche de ses racines, qu’il revendique à chaque instant de sa cuisine, de ses jardins du Kobelsberg à l’assiette. Jean-Luc Brendel est d’abord un amoureux de sa terre, 7500m2 qu’il cultive aux abords de la cité, où s’élèvent pas moins de 350 essences, certaines rares, et traduisant autant sa passion que sa recherche d’excellence. Le goût du beau et du bon sont intimement liés dans cet endroit si esthétique, et se consacre dans la structure des assiettes, des références artistiques et un vrai sens de la mise en scène, cette betterave et glace au raifort, plancton et œuf de brochet, rouge bordeaux sur porcelaine bleue, croquant contre fondant, piquant contre salé et acide ; ensuite le chou rave comme un tableau d’Hockney, au safran, truite fumée, basilic, petits pois et rhubarbe, œuvre d’un jardinier amoureux ; puis l’omble chevalier, apogée du menu, d’une cuisson absolument parfaite, un summum de simplicité et d’excellence, proposé avec une purée de persil et une sauce légère, comme une trinité définitive. On ne manquera pas le bœuf maturé et la fameuse sauce choron à l’estragon du Mexique, l’étonnant travail sur le cornichon ; et enfin le dessert de rhubarbe et fraise des bois, dense, long en bouche, frais et équilibré. Pour la cave, on retrouve l’expertise et les bons conseils d’Anne Humbrecht, gardienne érudite d’une sélection de très haut niveau, intelligemment divisée selon la nature géologique des terroirs, grès, schiste, granit, volcanique, calcaire, argile… Si l’Alsace est la première région représentée, les autres vignobles de France sont également très bien défendus.