L'adresse est historique. Le nom s'écrit toujours grosses lettres sur la façade mais on y a ajouté une marque de champagne, le lieu appartenant désormais à un groupe viticole. Dans la très grande salle, érable et sycomore façonnés par Majorelle assurent un parfait écrin, élégant et chaleureux. Ces boiseries Art nouveau mises en lumière par les appliques en bronze de Planel participent pleinement à la magie du lieu. Depuis quelques petites années, Hugo Bourny y propose une cuisine très engageante et légère qui s'exprime par des compositions d'une belle vitalité. L'entrée estivale s'effectue sur la pointe des pieds : le concombre y est associé à la seiche, marinée, qu'accompagne un bouillon très sapide à la cardamome verte et livèche. Simple mais tellement efficace ! Ensuite, la daurade joliment nacrée voisine avec de superbes poireaux " brûlés ". Bien marqué en goût, mais d'un équilibre parfait, le bouillon aux accents de gingembre et de capucine donne au plat un relief extrêmement plaisant. Subtilement marinée à la chartreuse, la tendre côte d'agneau, rosée à souhait, ne pouvait rêver meilleur accompagnement que ces délicieux petits pois dont les cosses, mijotées, exhalent de discrètes notes d'épicéa. Le chef vient également déposer sur table une sorte de petit cromesquis " gigot-estragon-citron " que l'on déguste avec gourmandise. Le dessert permet de conclure de manière nette et franche : l'acidité de la rhubarbe est tempérée par un soyeux crémeux d'amande Guara et reine des prés ponctué de notes pimentées (piment wiri wiri). Le service est vif, attentif et fort aimable. Une certaine fébrilité n'épargne toutefois pas les moins aguerris. Carte des vins opulente. Si on ne compte pas, on pourra se faire plaisir avec des domaines prestigieux sur des millésimes anciens. Plus raisonnablement, quelques dizaines d'euros peuvent suffire pour s'offrir une bouteille correcte.