Alan Geaam a su se donner les moyens d'une grande table. Car il n'est pas seulement cuisinier, nous le savons tous, mais aussi un chef d'entreprise avisé qui crée une dynamique autour de lui, et aussi un parfait maître de maison qui sait accueillir et charmer ses convives. Sa maison de la rue Lauriston est devenue un salon incontournable où s'expose une version raffinée et pleine de souvenirs de la cuisine levantine, et particulièrement libanaise. Avec une remarquable maîtrise des jus et sauces à la française (son jus réduit sur le pigeon est une merveille d'équilibre), le chef offre autant d'hommages que de clins d'œil à ses origines tout en restant dans la subtilité et la gourmandise. Dans les mises en bouche (le black falafel, le tourteau en kadaïf...), dans la très addictive brioche huile d'olive zaatar, et dans tout le déroulé d'une séquence qui laisse peu d'autre choix que de se laisser guider : betterave, grenade et tartare de thon beignet de pomme de terre et caviar Kristal, d'une jolie teinte graphique, grosse langoustine façon chich taouk, excellente bisque en émulsion bien relevée et acidulée, pince en tempura, pigeon de Racan à la cuisson impeccable cuisse en saucisse relevée d'épices kefta, avant des desserts un peu moins enjôleurs, mais techniquement aboutis, fraise rhubarbe pour l'un, lait ribot miel agrumes, dans un beau travail sur les textures. Belle cave pointue, avec un parti pris plutôt nature, accueil toujours remarquable par une jeune équipe motivée.