Accès handicapés | Animaux acceptés | Hébergement | Leçons de cuisine | Menu enfants | Parking privé
Budget(€)
A titre indicatif par pers. (hors boissons)
132 à 175
L'avis de Gault&Millau2026
Sur cette ancienne portion de nationale, entre pins et souvenirs, l'auberge des Coussau déploie depuis 1952 un art de vivre à la française qui confine à la dévotion. On y entre comme dans un temple de la mémoire gastronomique, où chaque chose semble à sa place, dictée par le goût et le temps. Les Coussau cultivent un penchant affirmé pour l'art contemporain, notamment à travers les œuvres de Xavier Carrère disséminées dans toute la maison. À l'arrière, s'étend la pinède et s'ouvre un jardin, havre discret ponctué d'un vignoble expérimental : les Coussau cultivent jusqu'au bout leur enracinement local, leur fidélité au terroir. Dans la salle à manger, les suspensions Artichoke de Poul Henningsen diffusent une lumière douce, comme pour mieux envelopper le ballet du service qui frôle la chorégraphie. Daniel Giust, sommelier de formation devenu directeur de salle, orchestre cette mécanique rodée depuis vingt-huit ans avec une élégance discrète. On croise Jacques Coussau, frère du chef, qui passe entre les tables, en hôte affable, sans jamais se départir de cette prestance tranquille que donne l'habitude du lieu. Il y a là quelque chose de rare : une fidélité aux rituels, un sens du cérémonial qui nous rappelle que la grande maison française est aussi une mise en scène. L'assiette, quant à elle, parle une langue claire, celle des produits nobles et des savoir-faire anciens. Langoustines crues, caviar et petits pois au sureau forment une entrée à la fois minimaliste et étudiée, où le floral du sureau introduit une note légère et inattendue à la douceur marine. Le civet de homard aux cerises fraîches, jus lié au jerez, évoque un classicisme assumé : ici, point d'esbroufe technique, mais une noblesse dans l'exécution. Le millefeuille de foie gras et fraises, devenu presque académique, séduit pour l'élégance de sa construction et l'équilibre maîtrisé des textures. La pintade de Chalosse, truffée, accompagnée d'un méli-mélo de champignons sauvages et nappée de deux sauces, rappelle les fastes des fêtes de fin d'année. Le dessert, lui, tranche : fraises infusées à la fleur de sureau, panna cotta sur sablé, sorbet à la liqueur Saint-Germain, le tout rehaussé d'une touche vinaigrée bien dosée. Moderne ? Assurément. Convaincant ? À chacun d'en juger. Il y a là une dualité assumée entre la retenue des plats salés et l'audace sucrée, comme un clin d'œil à une génération nouvelle. La cave, quant à elle, impressionne par son éclectisme maîtrisé : bordeaux historiques, bourgognes affûtés, vins du Rhône pointus, loires racés, et quelques perles confidentielles servies au verre. En somme, si l'on est las des carottes fermentées et du lait fumé, si l'on veut résister à l'esthétique nordique en vogue, cette maison offre un refuge idéal. Elle ne cherche pas à briller dans les classements, elle dure. Et dans la discrétion de cette longévité, on trouve peut-être une forme d'excellence plus rare encore.