Du haut de gamme dans un climat franc et cordial : c'est ainsi qu'ont voulu Marielle et Dimitri Droisneau leur belle maison du Cap Canaille, surplombant la Méditerranée, à l'écart de la station. Du très chic hors codes, de la relation humaine dans le service plus que de la récitation, une approche personnalisée de la restauration. L'Aveyronnaise et le Normand s'accordent sur ce point : dans l'assiette comme autour, il faut de la vie, du plaisir, de l'échange. Certes, pour plaire à tous, il faut passer par certains exercices de bon ton, que l'on perçoit dans la rafale de mises en bouche, dans quelques plats jolis, comme la carabineros crème glacée des têtes, sauce des carapaces betterave et kumquat ou le saint-pierre impeccablement cuit carotte et mandarine avec sa sauce blanquette : l'avantage de ces grands chefs normands émigrés sur les bords de Méditerranée, comme Dimitri, Virginie Basselot ou Arnaud Donckele, c'est la grande connaissance de tous les poissons, nobles ou pas, des coquillages et des crustacés, du tourteau ou de la saint-jacques. C'est ainsi que le chef régale avec la sardine, magnifique, caviar de Sologne en partenaire sympa, et un amour de mousseline de pomme de terre avec sa râpée de katsuobushi et un gel dashi, ou sa tartine de rouget, comme un en cas de copains, petite sauce oursin et estragon. Voilà ce qu'on aime particulièrement ici, ces petits switchs de rusticité complice et câline du bon gars normand qui s'affranchit des sonates bourgeoises. Même la bande son jazz folk rock, choisie par Marielle (le chef est plutôt métal, Iron Maiden et Black Sabbath) s'accorde à l'ambiance, Neil Young est parfait sur le saint-pierre, Horse with no name glisse tout seul avec les primeurs de la cueillette à la truffe de Valréas et l'on profite à plein de l'excellent ris de veau, juste croustillant comme il faut, cuit au pin et feuilles d'artichaut, mousse vaporeuse d'artichaut jus de veau aux câpres et échalotes au son de Mrs Robinson. Superbe travail de toute une équipe soudée, beaux desserts de saison (les agrumes, la noisette du Piémont) et remarquable implication du sommelier David Piquet, qui présente sa volumineuse encyclopédie bachique en sept volumes avec une érudition complète, joue des accords et des conseils judicieux, et a même su imposer la moustache à ses collègues masculins en salle.