On se sent tellement bien près du feu dans ces grosses pierres bretonnes, face à l'océan, entouré d'un service si bienveillant, qu'on n'a pas le cœur à résister à des assiettes qui, elles aussi, expriment toute la générosité de la maison. C'est tout le talent de Loïc Le Bail et de ses équipes, que de placer, hiver comme été, les clients dans les meilleures dispositions. Tout le charme du lieu se marie à cette cuisine intelligente, sincère, qui vient non pas de la mode, mais du cœur, et fait de chaque plat une proposition personnelle sur un terroir méticuleusement exploré par ce chef talentueux : maki de sarrasin, rouget et écaille de rouget frit, perle de ponzu et cébette, un bon démarrage avec une impression de Japon authentique dans des goûts purs, qui succède au superbe amuse-bouche d'un bouillon de poisson de roche encornet poché aïoli et chips de crevettes. Le maquereau chou-fleur est intéressant, avec sa râpée de chou-fleur sauce tamarin, acide amère, bonne, la lotte fait un brillant exercice technique (on commence par le foie sur une feuille d'artichaut, excellent !), avec un peu moins de tension, mais très plaisante avec la purée de sarrasin fruits secs et grenade à goûter à la cuillère et mélanger à la crème, émiettée, fondante, irrésistible. En fin de parcours, le pâtissier réinvente le kouign amann, crème glacée de miso noir, aérien comme un croissant, qu'on accompagne avec un verre de cidre. Mention au responsable de salle qui encourage sa jeune équipe à exprimer sa personnalité en salle, avec élégance et respect du client, pariant sur une harmonie qui s'étend aussi aux convives. Carte de vins classique et épaisse, un peu colonisée par les allocations des uns et des autres, quelques vieux millésimes intéressants et des tarifs justes dans l'ensemble. Le choix au verre est cependant un peu mince.