En mars 2025, Valeria Albakov et Tristan Ringenbach ont quitté la vallée de la Weiss et Lapoutroie pour s'installer neuf kilomètres plus loin, sur la route des vins d'Alsace. À la clé : un bistrot plus fréquenté, une clientèle locale ravie et un succès que ne dément pas l'affluence. Côté cuisine, la cheffe, Valeria, délivre une partition qui gagne en assurance. Le style est celui d'une cuisine classique revisitée, attentive aux textures et aux cuissons. La gamba au chalumeau, escortée d'asperges blanches et d'une bisque racée, nous a impressionnés par l'élégance de sa cuisson et l'équilibre de ses saveurs. L'omble chevalier, frais et délicatement cuit, relevé d'une émulsion de cosses au vin jaune, rappelle les assiettes soignées de certains bistrots d'auteurs. L'agneau en ballotine, bien que généreux, pèche par une farce un peu imposante et un jus qu'on aurait souhaité plus réduit. Quant au dessert autour de la rhubarbe confite, il puise dans les classiques alsaciens pour offrir une conclusion douce et réconfortante. Passé par des maisons aussi prestigieuses que L'Espérance de Marc Meneau ou La Pyramide à Vienne, Tristan Ringenbach, sommelier enjoué, au sourire complice, nous guide dans un ballet œnologique improvisé, mais diablement efficace. Ici, tout se décide à l'instinct et au dialogue. Une vraie sommellerie de terrain, de palais, de passion. La cave ? Trois volumes à feuilleter, un classement géologique (calcaire, schiste, granite) aussi instructif qu'ambitieux, et une impressionnante collection de flacons à tous les prix où l'Alsace tient une place d'honneur. Pour qui aime des accords mets-vins pensés sur mesure, une conversation enjouée et la sincérité d'un bistrot de sommelier, l'étape s'impose.