Dans un environnement calme et résidentiel sur les hauteurs, Alexis Voisenet a joliment aménagé son premier restaurant dans les anciennes casemates du fort d'Issy, gardant les murs bruts dans un cadre épuré. La partie comptoir est face aux cuisines ouvertes, pour se faire quelques huîtres et lichettes de charcuterie, de piquillos, de saint-nectaire... De l'autre côté, vocation gastronomique avec des formules étagées détallant une carte assez courte et bien évoluée. Le chef a appris chez Guy Savoy la rigueur dans l'exécution, mais aussi la gourmandise un brin paysanne dans un monde très citadin. Sa " madrague ", sorte de fromage de tête marin, moule et huître, une ravigote et un jus safrané fait une entrée simple, fraîche et plaisante, davantage que le douillon aux pleurotes, plus ambitieux qu'abouti, avec une pâte à la fois cassante et molle, et un jus champignons émulsionné de café autour des trompettes de la mort. On se remet en selle avec une superbe volaille de chez Arnaud Tauzin, impeccablement préparé et présenté à l'ancienne, avec sa tranche de pain, filet et cuisse, et une belle albuféra, avant un bon dessert façon tartelette en deux parties, pomme noisette kiwi d'une part, tatin glacée pomme et sarrasin de l'autre. Le jeune service très impliqué récite sans trébucher l'éco-discours de rigueur, conservatoire et régressif (gaspillage proscrit, céramique artisanale, produits locaux, bière d'Issy et recette de pomme de terre de Jacqueline, la grand-mère du chef…) et la cave est bien variée, manquant encore un peu de choix au verre, mais assez finement ciselée, avec un large choix de cocktails, de bières, de sans alcool, de cafés (de chez Anne Caron) et même de cigares.