Ce village de la route des vins d’Alsace, tout pavé et encore ceint de remparts, adossé aux collines plantées de vignes, possède un charme immédiat. Sur la place dominée par la fontaine dite aux cépages et l’hôtel de ville du XVIIIe siècle, cette imposante maison aux pierres apparentes et aux pans de bois affiche d’emblée son enracinement dans l’histoire locale. À l’intérieur, la salle à manger séduit pour son alliance entre rusticité noble et mobilier contemporain, dans une atmosphère paisible et soignée. La cheffe montre un goût réel pour les accords peu convenus, les associations saisonnières et les compositions qui s’écartent des chemins rebattus sans perdre en lisibilité. Le "carpaccio" de sébaste, vivifié par le fruit de la passion, l’avocat et la grenade, évoque un ceviche tendu plutôt qu’un véritable carpaccio. Le pâté en croûte de volaille, escorté d’une préparation moutardée et de pickles, reste honorable. Le dos de cabillaud, frais et bien cuit, pâtit d’un accompagnement de céréales et poireaux à la texture pâteuse, heureusement relevé par une sauce au vin rouge plus expressive. Le tataki de canard, avec purée, châtaignes, endives, choux de Bruxelles et orange, se montre plus accompli, clair et équilibré. Le dessert au kiwi plaît pour sa fraîcheur et son moelleux aux amandes. Le fondant au chocolat, servi avec diplomate au thym fumé, mousse au chocolat au lait, kumquat et glace à la vanille, conclut le repas avec plus d’ampleur. La cave accompagne la cuisine avec intelligence, grâce à une sélection engagée, des prix contenus et une vraie sensibilité au terroir. Malgré une gourmandise inégale, surtout pour les poissons, cette adresse vivante, appliquée et déjà attachante, donne envie d’y revenir.