Il y a quelque chose d'Alexandre Mazzia dans cette table marseillaise où certains marqueurs communs apparaissent : cette impression presque bistrotière dans les volumes de la salle, la gentillesse du service, le fil conducteur d'une cuisine où les épices et les cuissons fumées sont une résurgence, ou encore les plats décomposés. Kim-Mai Bui et Michel Marini ne proposent pas moins une cuisine d'auteur tout à fait singulière, exprimant tout le relief de leur parcours, lui chez Christophe Moret et elle chez Gérald Passedat. Leur nouvelle écrin dans le huitième a des airs de véranda, des petites salles chaleureuses et pleines de simplicité, d'un contraste saisissant avec le niveau des assiettes. À seulement 55 € au déjeuner, le menu en quatre services est une vraie rareté (cela explique les mois d'attente) ; donnant à voir des superbes amuse-bouche, notamment ce crémeux de pommes de terre aux graines de tournesol ou encore la tartelette d'oignons, avant d'attaquer l'entrée autour du thon légèrement snacké et le salmojero, puis la splendide aubergine confite et légèrement piquante, avec la crème d'oseille, le persil et la burrata. La fleur de courgette à la farce fine de poisson est exemplaire, accompagnée d'une petite assiette d'asperges et haricots verts, fleur de courgette. Enfin la farandole de desserts, avec la madeleine à l'huile d'olive, le sablé matcha, les cerises du Vaucluse, la mémorable glace au thym et poudre de cacao, le petit chou fourré au chocolat et à la fève tonka, d'une gourmandise régressive. Cave concise et bien construite, avec de bonnes références en bio et nature.