Cette pisciculture bretonne a trouvé l'héritier que tout le monde cherche
Figure de la pisciculture bretonne, Robert Le Coat transmet aujourd’hui son exploitation au jeune et passionné Amaury Guet. Entre exigence technique et défis environnementaux, cet heureux passage de relais raconte aussi l’avenir incertain d’un métier en quête de transmission.
À Plougoulm au bord du Guillec, fleuve côtier du Finistère qui se jette dans la Manche, l’eau claire circule en continu entre les bassins, dans un léger bruissement accompagnant le travail quotidien. Autour, les allées ordonnées et les bâtiments discrets composent un décor aussi paisible qu’exigeant pour Robert Le Coat, qui observe ses truites avec vigilance. Rien n’échappe à cet éleveur de 68 ans, barbe fournie et regard malicieux, officiellement retraité depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, mais encore bien présent. À ses côtés, Amaury Guet, 29 ans, est le nouveau dirigeant de la pisciculture du Dourduff. Une transmission rare, dans un secteur où les exploitations peinent à trouver repreneur.
Né en 1957 de parents agriculteurs, Robert Le Coat a d’abord travaillé quinze ans dans la filière porcine. Sa rencontre avec un ami pisciculteur change tout. Il décide d’embrasser le métier et s’installe en 1992, sans « aucune notion », apprenant simplement en observant. « La première qualité d’un éleveur, c’est l’œil », assure celui que l’on surnomme « Bob la truite ». Dans les bassins, près de 200 000 truites arc-en-ciel évoluent de l’alevin aux spécimens de trois kilos. Une patience de tous les instants. « Le poisson, c’est le plus dur à élever. » Un travail sur l’alimentation et les propriétés de l’eau permet d’obtenir des poissons réguliers, prisés aussi bien en frais qu’en transformation. Température, oxygénation, acidité, gaz carbonique, pas d’antibiotiques mais de la vaccination… « Ici, c’est 24 heures sur 24, 365 jours par an.»
Cette maîtrise, ayant façonné la réputation de Le Coat, ex-président de la Fédération française d’aquaculture, se retrouve dans l’assiette. Les truites arc-en-ciel élevées ici se distinguent par une chair ferme, légèrement rosée, au goût fin, loin de l’image parfois banalisée du produit. Elles alimentent la coopérative des aquaculteurs bretons tout comme les cuisines de chefs, tel qu’au restaurant Nicolas Carro à l'hôtel de Carantec (15,5/20 – 3 toques). L’exploitation produit également du caviar de truite, ces œufs orangés à la texture délicate.
Ce parcours, exemplaire, n’a cependant rien d’un long fleuve tranquille. En 2010, une pollution aux pesticides ravage l’exploitation. « Tout était mort. » Une catastrophe qui rappelle la fragilité de ce métier, dépendant d’un environnement qu’il ne maîtrise pas totalement. " Nous sommes le réceptacle du bassin versant », résume le jeune retraité, intarissable en matière d’élevage. "
La relève assurée
Après un cursus en aquaculture au lycée Olivier Guichard à Guérande, Amaury Guet découvre ici, il y a huit ans, un outil de travail à part. « L’exploitation est belle et fonctionnelle. C’est un confort non négligeable », se réjouit le jeune homme, qui a toujours été « attiré par le vivant ». Rapidement, une relation de confiance s’installe. Robert Le Coat, qui n’a connu que cinq salariés en trente-cinq ans, voit en lui bien plus qu’un employé. « Amaury est aussi passionné que moi », se réjouit-il. L’idée de lâcher du lest et de se retirer doucement fait alors son chemin. « On ne vit qu’une fois. Il faut savoir s’arrêter », confie celui qui reste encore propriétaire des lieux. La passation devient une évidence, autant qu’une nécessité
Car derrière cette transmission individuelle se cache un enjeu plus large. Dans le monde agricole et aquacole, les exploitants vieillissent et les candidats à la reprise se font rares. Ici, le passage de témoin s’inscrit dans la continuité d’un savoir-faire patiemment construit, souvent en dehors des cadres académiques. « J’ai appris en observant la nature, en cherchant des solutions en permanence », insiste Robert Le Coat, qui avait dessiné lui-même les plans de son exploitation. Reste l’avenir, qui s’annonce aussi radieux qu’imprévisible. Le changement climatique, entre autres, inquiète. « Quand l’eau se réchauffe, les poissons mangent moins, grossissent moins, et tout l’équilibre économique vacille », reconnaît Amaury Guet qui, malgré les défis qu’il devra relever, a bel et bien – jusqu’à la tatouer sur ses bras – la truite dans la peau.
▶ Cet article est extrait du guide Bretagne 2026. Retrouvez ce guide en librairie ou sur notre boutique en ligne.