À Savennières, Éric Morgat façonne le chenin loin des tendances
Depuis 1995, Éric Morgat explore les possibles du chenin sur les coteaux schisteux de Savennières. Entre conservatoire de cépages, rendements sacrifiés et interrogations climatiques, le vigneron poursuit une œuvre patiente, faite d’essais, d’humilité et de temps long.
Sur le chemin du retour, en remontant le fil d’une conversation aussi riche que décousue, on s’est posé la question : à quel moment avions-nous quitté notre époque enfiévrée pour basculer dans cette atmosphère intemporelle, calme et rassérénante ? Était-ce en passant le pont métallique qui enjambait la Loire, pleine et endormie, vers ce village figé dans le temps qu’on appelle Savennières (Maine-et-Loire) ? Aux détours de ces chemins pavés, cernés des murs de pierre, qui mènent tout droit à cette église minuscule du Ve siècle ? Peut-être en passant la porte d’A table chez Mili, tomettes carrées au sol, restaurant au menu unique, à la cuisine simple et préservée des standards instagramés ? Ou plus sûrement encore, en pénétrant le domaine d’Éric Morgat, vigneron sceptique, veste de chasse et sourcils frondeurs ?
Schiste et sable
Issu d’une famille de vignerons en appellation coteaux-du-layon « depuis de très nombreuses générations », Éric Morgat peine, de prime abord, à se raconter. Comme s’il craignait qu’on l’enferme dans un récit, une tendance, une mode, ce qu’il a fui toute sa vie...