Ce vin des Vosges affole les foules, et pourtant il n'a pas de raisin
Où trouver le vin de rhubarbe, la spécialité insolite des Vosges qui séduit chaque année des milliers d'amateurs ? Direction le domaine de la famille Moine, près d'Épinal, où ce breuvage acidulé et gourmand est produit depuis 1985.
Le vin de rhubarbe — qui n’est pas un vin au sens légal du terme, réservé au raisin — est une institution vosgienne. Tout part d’une « histoire belge », rigole Yannick Moine. En déplacement à Liège en 1985, Yannick, Michel et Damien Moine rencontrent un maraîcher qui souhaite à tout prix vendre ses 400 pieds de rhubarbe avant de partir à la retraite. Les trois agriculteurs sont plutôt spécialistes de la pomme de terre. « Mais on a trouvé que c’était une bonne idée de vendre de la rhubarbe au printemps. » Les pieds de rhubarbe sont récupérés, direction les Vosges et leur domaine de Xertigny.
Vin de groseille, de framboise, de pissenlit… Dans la région, les vins de fruits et de fleurs sont très communs. Après un stage d’œnologie et des années d’apprentissage, la famille se lance alors dans la production du vin de rhubarbe et le « Crillon des Vosges » de la Maison Moine voit le jour. Il est désormais l’un des vins de fruits les plus emblématiques. « Environ 70 000 bouteilles sont vendues chaque année », précise le président de la société, Yannick Moine.
Des crustacés aux desserts chocolatés
Atypique, acidulé et gourmand, le vin de rhubarbe est parfait pour de nombreuses occasions. Autour des 13 degrés d’alcool, la version sèche, appelée Blanc des Vosges, accompagne les crustacés et fruits de mer grâce à sa longueur en bouche.
Le Crillon, moelleux, se sert frais avec un fromage fort ou un dessert au chocolat. La maison familiale propose aussi des bruts pétillants ainsi que du rosé de rhubarbe.
Une production assurée
Trois hectares de rhubarbe permettent cette production, et le succès est tel que quatre autres hectares seront ajoutés d’ici peu. Il faut dire que la rhubarbe se plaît particulièrement bien dans le Nord-Est. « Même si, avec les vagues de chaleur, ça devient plus compliqué », tempère Yannick Moine. Cette plante n’aime ni le vent, ni le soleil. Mais les cuvées ont l’avantage d’être très régulières d’une année sur l’autre.
Récoltée entre fin mai et début juin, la rhubarbe est dépourvue de ses feuilles et de sa partie blanche amère pour ne garder que la tige. Celle-ci est ensuite découpée, défibrée, broyée puis pressée, « comme le raisin ». Après une nuit, du sirop de sucre, de l’eau de source et des levures sont ajoutés au jus. Tout est ensuite question de patience.
« On laisse la fermentation pendant trois mois pour arriver à 12 degrés d’alcool. Puis trois mois de repos sont nécessaires. Le vin est mis sur le marché quatre ans après la récolte. » « La rhubarbe se bonifie avec le temps, une bouteille de dix ans d’âge est particulièrement bonne, par exemple ! » En vente directe, la bouteille de Crillon est vendue à 13,80 euros.
Plus d’infos : crillon-moine.fr