48 heures à Roanne et alentours
Auvergne-Rhône-Alpes/2026
Roanne, N7… Avant 1970, un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître, ni même imaginer. Les vacances dans le Sud passaient par Roanne, l’autoroute A6 n’était pas achevée, tout le nord de la France rejoignait la N7 et les Parisiens, à Montargis, à Briare, à Nemours, que l’on vienne de Bretagne, de Normandie, de Lille ou de Reims. Le flot de voyageurs empruntait cette voie royale chantée par Trenet, on traversait Nevers, Moulins et puis Roanne…
Grande étape gastronomique depuis que les frères Troisgros, Jean et Pierre, ont poussé l’hôtel Moderne, en face de la gare, vers le firmament, avec notamment cette recette de saumon à l’oseille portée au pinacle par Henri Gault et Christian Millau comme une recette pionnière de la Nouvelle Cuisine. Les jeunes cuisiniers en herbe rêvent d’y travailler, Guy Savoy y rencontre Bernard Loiseau et notre Académicien se souvient ému de cette époque bénie : « On était entraîné vers l’excellence, on se donnait complètement pendant le service pour y parvenir, et pendant nos temps libres, on allait parfois au basket où jouait la Chorale de Roanne, grand club qui faisait alors partie de l’élite. » Comme pour le foot à Saint-Étienne, il y avait et il y a encore à Roanne cet esprit d’équipe, de solidarité, qui liait les habitants entre eux, fiers de leur industrie textile, de leurs usines, de leur gastronomie.
Car la famille Troisgros n’est pas seule à Roanne. Auguste Pralus a ouvert sa pâtisserie à Roanne en 1948 et devient Meilleur Ouvrier de France en 1955. Ses chocolats et sa brioche aux pralines sont maintenant connus dans le monde entier. Hubert Mons vend ses fromages au marché de Roanne et, au début des années 1960, la famille est elle aussi parmi les fromagers les plus célèbres du monde, représentée par Jules Mons, issu de la troisième génération. Enfin, depuis novembre dernier, César Troisgros (installé à Ouches depuis 8 ans), est devenu le 58e Cuisinier de l’Année Gault&Millau, après son grand-père Pierre en 1987 et son père Michel en 2003. Ce prix consacre une dynastie, mais au-delà, la vertu de la transmission, la fidélité et l’attachement à une région. Aujourd’hui, on quitte l’axe nord-sud pour revenir savourer la cuisine de César, mais aussi retrouver ce climat de travail bien fait et de fraternité qui anime toute une ville.
On visite tout naturellement Roanne avec passion et gourmandise, s’offrant un tour par le bel hôtel de ville, le donjon de l’ancien château, la belle église Saint-Étienne en pierre dorée, et les maisons anciennes alentour, dont celle qui abrite l’office de tourisme, le musée Joseph Déchelette, consacré aux beaux-arts et à l’archéologie. On se promène sur les bords de Loire et du canal, au parc de la place des Promenades et, pour une balade rafraîchissante et un peu plus lointaine, sur les bords du lac de Villerest. La découverte peut être aussi œnologique, avec les bons vignerons de la côte-roannaise, AOC depuis 1994 et tout naturellement présente sur les tables de restaurants locaux, avec le gamay en cépage unique. L’appellation couvre 14 communes autour de Roanne.