Après dix années passées aux commandes du Clarence, et quelques belles récompenses récoltées auprès des guides, Christophe Pelé a choisi de quitter le Triangle d'Or pour de nouvelles aventures. Combler le vide laissé par un chef aussi talentueux et emblématique n'a rien d'une sinécure et c'est tout simplement son second depuis quelques années, Andrea Capasso, qui a été choisi pour se glisser dans ses habits encore chauds… mais trop grands pour lui ? Nos premières expériences ont en effet été en demi-teinte, en étant de ceux qui voient le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide. N'ayons pas peur des mots, on s'ennuie gentiment dans ces salons luxueux qui semblent plus que jamais destinés à accueillir à une clientèle étrangère très aisée, avide de réussir une jolie photo de plat (ou un selfie…) avec, en toile de fond, le magnifique décor de cet élégant hôtel particulier. Le menu à 250 € (le ticket d'entrée au dîner) propose de belles noix de saint-jacques associées à un gwell à la betterave, un lieu jaune d'une extrême platitude, manquant de gourmandise et d'assaisonnement et flanqué d'une sauce kumquat et telline qui n'apporte ni acidité ni caractère iodé, une caille mariée à des algues nori et kombu et à un pressé de céleri qui fait heureusement un peu plus pencher la balance vers la gourmandise, avant un joli dessert autour du maïs, aérien, élégant, avec ses nuances toastées et chocolatées rehaussées d'un trait de gel de thé fumé. Notons (applaudissons !) l'apparition d'une carte en plus des menus " surprise " (qui sont tout simplement constitués de plats piochés dans cette carte et légèrement retravaillés), soulignons l'excellent niveau général du service, sous la direction de Charles Weyland, cave pléthorique qui mériterait sans doute quelques vins au verre un peu plus abordables.