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Vendanges 2018, premier état des lieux

Pour certains, les vendanges battent leur plein, pour d’autres elles sont totalement terminées. Mais d’ores et déjà, ce millésime 2018 s’annonce exceptionnel. Pas si précoce que cela, la climatologie favorable de cette fin d’été et début d’automne, a autorisé les vignerons à attendre la parfaite maturité.


L’une des singularités de ce millésime repose avant tout dans une fenêtre de ramassage que de nombreux vignerons avouent n’avoir jamais connue. En prenant le temps, ils peuvent choisir l’acmé de maturité du raisin sans risquer une quelconque pression des maladies. Picorer, de ça, de là, est donc l’art de la vendange en 2018. 

Une constatation que confirme Claude Giraud de la Maison Henri Giraud : « la vendange est exceptionnelle notamment dans l’état sanitaire. En plus de 45 ans , je n’ai jamais vu cela. D’autant que le choix du moment de maturité se fixe sur l’équilibre sucre/acide avec une belle maturité des tanins ». 

Même son de cloche chez la Maison Bollinger. Gilles Descôtes, le talentueux chef de cave s’explique : « Nous sommes très heureux, nous sommes la maison du Pinot Noir et cette année c’est LA grande année pour ce cépage en particulier dans la Montagne de Reims ». Un vendange exceptionnelle, un état sanitaire parfait, le cru 2018 sera sans aucun doute millésimé. 

En Bourgogne, Benoît Landanger, l’heureux propriétaire du Domaine de la Pousse d’Or à Volnay est tout aussi enthousiaste. « La vigne a explosé après le printemps. Cela nous a obligé à travailler tous les jours, d’autant que nous sommes en biodynamie. Après un été magnifique nous pouvons dire que c’est un très bon millésime. On récolte d’habitude un peu tard mais cette année nous avons vendangé tôt. Même si ce sera un plus grand millésime de rouges que de blancs, nous sommes très heureux ». 

Louis-Fabrice Latour, aux commandes de la célèbre Maison Louis Latour, est lui aussi très heureux. « C’est un beau millésime. Bon pour les blancs et exceptionnel en rouge. Pour les blancs, c’est un millésime qui manque un peu d’acidité mais la maturité des rouges est exceptionnelle. Les vents de fin septembre nous ont aidés à terminer parfaitement les maturités. Intellectuellement, c’est un millésime passionnant. » Quant aux caractéristiques du millésime, Louis-Fabrice Latour est clair : « ce n’est pas un millésime solaire. C’est un millésime de concentration ». Une conclusion en forme d’avertissement car les vinifications devront être réalisées de manière très douce. 

En Bourgogne sud, ou plutôt en Beaujolais, Fabien Duperray est enthousiaste. « C’est un millésime précoce et relativement solaire » explique t-il. Nous avons eu plusieurs vagues de canicule et la plante a eu beaucoup de mal à s’adapter. On a ramasser tôt mais très lentement pour s’acclimater aux terroirs (26 aout au 15 septembre). Le vin dépendra de la viticulture et des choix du vigneron. De manière générale, les vins seront très fruités ». 

Dans le Loire, et notamment à Sancerre, au Domaine Guillerault-Fargette, Gilles Guillerault insiste sur l’abondance des précipitations. « Nous avons eu beaucoup d’eau jusqu’au 1er juillet, l’équivalent de la pluviométrie annuelle. Mais depuis le 5 juillet, il a fait beau et sec ». Pour lui, « les pinots noirs seront magnifiques avec une belle maturité et un état sanitaire parfait. Pour les sauvignons, cela dépend des terroirs. Sur les caillottes et les griottes, c’est magnifique et dans les terres blanches, les veines d’argiles bleues ont rendues les choses plus compliquées car elles sèchent vite et les jeunes pieds ont soufferts du manque d’eau ». 

Dans le Rhône, plus précisément à Cornas, Laurent Combier, du Domaine éponyme est serein : « on l’a vécu plutôt pas mal. Sur tout le Rhône nord, grâce à la syrah, on a mieux résisté qu’au sud avec les grenaches. Les raisins sont superbes même s’ils manquent un peu d’acidité pour de très longues gardes. C’est plein, riche et soyeux et les premiers jus sont magnifiques. Cela me rappelle un peu 2017 pour l’arrière saison sans être dans l’extrême de 2003. On reste dans l’équilibre ». 

« Pour nous, 2018 est un très très beau millésime » explique Christine Vernay, du Domaine Georges Vernay à Condrieu. « Nous avons souffert pendant l’année car en bio on ne fait que de la prévention, pas de curatif mais suite au beau temps, nous avons réussi à lutter notamment grâce au vent qui sèche puis avec la chaleur. Les vendanges ont été très longues et nous avons pris notre temps. Par rapport à 2017, la maturité phénolique est plus équilibrée, les acidités ne sont pas très hautes mais je ne suis pas inquiète. Le terroir va prendre le dessus ». 

Enfin à Bordeaux, Stéphane Derenoncourt, le célèbre consultant est ravi : « le démarrage fut un cauchemar et ça finit en rêve. Ce n’est pas un millésime de sécheresse grâce aux réserves en eau, plus un millésime de chaleur. Nous devrons trouver le compromis entre la fraicheur et la maturité des tanins ». 

De l’avis général, 2018 est un très grand millésime. Les dernières régions vendangent, les premiers jus sont dans les cuves, les fermentations alcooliques démarrent rapidement. Tout se passe au mieux. Vivement les premières dégustations pour juger de la grandeur de ce millésime.