Manger

Le monde des locavores

Les locavores ne consomment que ce qui est produit à moins de 160 km de chez eux . Leur crédo à eux, est de « préserver la planète et faire baisser le bilan carbone de leur assiette ». Omnivores d’un nouveau genre, les locavores disent stop à la mondialisation de leurs assiettes et se nourrissent exclusivement d’aliments issus d’une production locale. Cécile Junod


C’est quoi un locavore ? 

Exit tous les produits consommés hors saison et ceux qui prennent l’avion. Le mouvement a commencé en 2005 aux Etats-Unis.  Les locavores ne supportent pas l’idée qu’un fruit ait consommé 10 à 40 fois plus de pétrole que s’il avait été produit à côté de chez eux. S’il est bio tant mieux, mais ce n’est pas la priorité. 


Ecologique ou politique ? 

Au-delà des vocations écologiques avouées, il y a bien une dimension socio-politique dans leur mouvement. Favoriser le lien social et l’économie locale font partie du programme, comme soutenir l’environnement économique. C’est du travail pour les producteurs et de l’emploi pour la région. « l’importation massive de produits provenant de l’autre bout du monde provoque souvent des dommages collatéraux : monocultures intensives, mort de la biodiversité locale, terres ravagées par les traitements chimiques, surendettement des paysans par des coûts de production toujours plus lourds (pesticides, engrais, irrigation…), alors que les prix sont tirés vers le bas sur les marchés ! » déclare un jeune militant. 

Le mouvement locavore pousse un peu partout en France, alors on s’organise. Ici, pour faire baisser le prix de la viande, on achète un bœuf entier à l’éleveur de la région et on le partage entre une cinquantaine de familles. D’autres achètent chaque semaine un panier de légumes à un producteur du cru. Les paniers fleurissent Là, on s’approvisionne directement à la ferme. 

Certaines, rassemblées dans le réseau Chapeau de Paille http://www.chapeaudepaille.fr/ , ouvrent leurs champs aux particuliers pour la cueillette. 



Moins bucoliques mais tout aussi efficaces, il y a les marchés. Il est alors impératif de vérifier la provenance des produits sur les étals. Autre possibilité encore, l’abonnement à un panier. Mais attention, tous ne répondent pas au concept de proximité. Parmi les formules compatibles locavores, citons particulièrement le réseau des AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) qui livre chaque semaine un panier garni de fruits et légumes, mais aussi de volailles, œufs, produits laitiers… « Adhérer à une AMAP, intervient François Lerique, membre du bureau des AMAP de l’Ile de France, est une vraie démarche éco-citoyenne dans laquelle producteurs et consommateurs s’engagent, les uns pour manger sain, les autres, pour la sécurité financière procurée par le prépaiement des produits. Ensemble, producteurs et consommateurs déterminent le contenu des paniers et leurs prix fixé de manière équitable... » Outre les AMAP, il existe d’autres réseaux alternatifs… 



Le bilan carbone, un mouchard 

Même si l’on peut regretter le côté réducteur du locavorisme qui supprime le mélange des cultures et la curiosité des produits venus d’ailleurs, « Ce système relève d’un choix de vie, » intervient Carina Chiesa, psychanalyste spécialisée dans l’étude des comportements sociaux… Et effectivement, « En changeant le contenu de mon assiette, témoigne cette jeune femme locavore convertie et convaincue, je modifie mon bilan carbone. » Nous y voici donc à ce fameux bilan carbone ! Il ne devrait pas tarder à devenir un mouchard pointant du doigt notre part de responsabilité individuelle dans la destruction de la couche d’ozone. Un yaourt aux fraises parcourt plus de 9 000 km pour arriver dans notre frigo.

Avec juste un petit bémol : pas toujours facile de respecter le régime à 100%. le café, le thé, le chocolat, les fruits exotiques et les épices étant formellement interdits de séjour chez les puristes. 

Alors, entre la position parfois réductrice des ultras mangeurs de produits locaux et les aberrations observées dans le transport des denrées, il y a peut-être un juste milieu à trouver… Mais ça presse, parce que ça chauffe !


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