Événement

Jean Sulpice, le Cuisinier de l'année 2018

Un titre de Cuisinier de l’Année Gault&Millau, ça vous chamboule une carrière, parfois une vie. C’est une médaille d’or aux Jeux Olympiques, un César du Meilleur Réalisateur, un titre pour toujours.

L'homme des sommets


Cette distinction est acquise à vie.

« Cette année-là, j’ai été cuisinier de l’Année Gault&Millau ! »

Jean Sulpice, chef de l'Auberge du Père Bise  à Talloires (74)



Les plus fragiles peuvent en être profondément bouleversés. Jean Sulpice est un chef solide, un battant, un compétiteur, un sportif de haut niveau. Il va aussi savoir gérer ce nouveau statut. Comme les grands champions, il était programmé pour réussir. Avec des paliers, qu’il a respecté sans faire d’erreur, comme un grimpeur dans un col mythique. Les premiers lacets, il est resté dans le peloton et puis, petit à petit, la pente est devenue plus raide, le groupe s’est clairsemé, l’air s’est raréfié. Son regard bleu n’a pas cessé de regarder vers le haut. Quelques coups de pédale bien appuyés, il n’a pas eu besoin de se retourner. Il était seul, s’envolant vers le sommet.




A Val Thorens, à près de 3000 m d’altitude, l’élève de Marc Veyrat avait déjà montré qu’il était de cette trempe-là, un athlète capable de comprendre, après avoir beaucoup appris, de traduire, de transformer des herbes et des parfums en émotions. Son installation dans la grande maison du Père Bise, sur les bords du lac d’Annecy, n’était certes pas une redescente, mais une nouvelle ascension. Un challenge énorme, une machinerie mue par soixante-dix personnes, un patron, un chef d’orchestre… Une cuisine, lac et montagne, paisible et fulgurante, souple et pointue, qui porte une vision, celle d’un chef en pleine maturité transcendant chaque ingrédient pour créer l’instant parfait, la conjonction des saveurs réunies par magie dans l’athanor de cet alchimiste du XXIe siècle.


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Texte : Marc Esquerré

Photos : Alban Couturier