Eric Vigean, maître-artisan huilier

17/08/2018

Jalousement nichée entre Berry et Touraine, Clion a l’accent des huiles bios bien mises en presse par Eric Vigean qui associe tradition artisanale et évolution technologique dans un souci permanent de respect de l’environnement. Par Denis Hervier

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Les bienfaits des Omega 3 ou 6 mettent sur le devant de la scène diététique les propriétés bénéfiques des acides gras essentiels que seules les huiles de première pression à froid peuvent nous procurer. 

Les huiles biologiques de première pression à froid, fruits du jus naturel renferment tous les principes nutritifs essentiels. Certaines huiles sont comparables à de grands crus. Découvrir le monde d’Eric Vigean s’impose. 


© Sophie Pamart /huilerie vigean

Omégathérapie du plaisir retrouvé 

A la fois gobeur de belle vie et paysan, artisan et artiste, Eric Vigean ne perd rien des gestes de la terre. Connaissant l’exact point d’équilibre des choses, il donne à ses huiles une belle leçon de style, claire et puissante. Son huilerie ancrée dans le XXIe siècle fait corps étroitement avec sa terre et son ciel, en respectant scrupuleusement les origines qui sont hautement contrôlées, en toute traçabilité. Maître de la première pression à froid, il donne à ses huiles gourmandes un stade de cuisson volontaire jusqu’à 100 voire 140 degrés. C’est une cuisson véritable dans des poêlettes en fonte, cela permet de concentrer les arômes de façon mesurée. 


Huiles mode d’emploi ou l’art de la huilégrette 

Pour bien profiter de ces huiles subtiles, il convient de les utiliser à cru en touche finale ; si l’on veut une note acide pour la huilégrette, le vinaigre de cidre ou de Xérès, voire le citron, feront l’affaire. 


Dégustation : des huiles de première pression à froid 

Colza : Ce crucifère, crucifié après 1945 par les experts qui l’accusaient de tous les maux de la planète, ressuscite de la meilleure des façons. Au nez, la luzerne apparait, puis des effluves de navet se mettent en place convenant parfaitement à des magrets de canard ou à une salade de tomate. 


couverture © photos eric vigean/facebook


Cameline:  Des flaveurs de betterave rouge avec le piquant du radis apparaissent dans un nez marqué également par des nuances de concombre et de chou ; à l’aération, on a des touches plus sucrées. Cette huile à la fois espiègle et raffinée appelle des champignons de Paris crus, des crustacés ou des poissons, comme une salade de raie. 

Oeillette: C’est l’une des huiles les plus subtiles, avec ses flaveurs florales, elle marque son territoire avec élégance, offrant un spectre large pour des accords souvent insoupçonnés comme une salade de carottes râpées agrémentée d’un peu de persil plat. Grâce à son profil aromatique floral, cette huile servie dans un petit bol convient parfaitement aux fraises que l’on trempe délicatement par la queue. 

Noix :  Une huile d’une extrême délicatesse ; au nez on part vers le cerneau de noix frais tout juste suggéré, progressivement les flaveurs se mettent en place, on a l’impression d’avoir le fruit que l’on vient juste de casser. Le radis noir par son croquant, sa fraîcheur, coupé en julienne, associé à la finesse du Pouligny, raffinement suprême du fromage de chèvre, apprécie l’onction de cette huile. 

Sésame : Le côté grillé fait bien ressortir la graine de sésame, puis on évolue vers l’asperge. Cette huile joue alors son rôle d’exhausteur de goût. On la fait jouer sur le rouget qui dompte puis amadoue les nuances toastées qui répondent avec à propos. Cette huile excelle également dans la préparation du riz, il suffit d’en parfumer de deux cuillères à café l’eau de cuisson, et d’en rajouter quelques gouttes avant de servir. Argan Les épices douces dominent au nez, la bouche confirme pleinement cette impression structurée, suave et tendue. On emploie volontiers cette huile marocaine sur les viandes. Dans ce registre, l’agneau tient une place privilégiée, qu’il soit préparé dans un couscous ou en tajines. 

Pépins de courge:  La robe brune surprend, dans l’assiette son gras démonstratif glisse sur la salade qui la rejette complètement alors que la tomate l’apprécie. C’est l’amie des cucurbitacées et elle entre en fusion avec le velouté de la citrouille, lui apportant une onctuosité de bon goût offrant aussi une résonance grâce à son côté toasté dont on apprécie plus les effets aux premiers frimas.   


couverture © photos eric vigean/facebook