Bollinger, l'art du temps

Comprendre Bollinger, c’est avant tout comprendre ce que la Champagne a de plus noble. En premier lieu, la noblesse de l’encépagement. Finesse et tension du Pinot Noir, base essentielle des champagnes maison et depuis toujours au coeur du grand cru d’Aÿ. Puis, noblesse de l’assemblage, cette haute tradition champenoise, bien avant les velléités, justement acquises, des climats et des terroirs. Par lui et pour lui, Dom Pérignon fut un instigateur. Et enfin, l’élevage en futs de chêne, pour patiner l’ensemble d’un supplément d’âme à même d’apporter cette touche aristocratique aux bouteilles de la maison. Comprendre Bollinger c’est laisser du temps au temps pour permettre aux choses de s’exprimer, c’est enlacer dans une bouteille des souvenirs émus. 
Depuis 1829, la famille veille jalousement sur ce patrimoine inestimable qui vient, cette année encore, de s’agrandir un peu. Très peu, remarquez, trop peu affirmait Jérôme Philipon : « nous passons de 164 hectares à 172 hectares, c’est bien peu me direz-vous, mais acheter de belles vignes en Champagne, c’est un vrai défi ». Et cette année 2017 sonne comme un nouveau challenge pour la maison. 
Tout d’abord, lancement d’un Bollinger rosé. Millésime 2006, pour ce vin issu de 9 crus sélectionnés quand les millésimes maison en comptent près du double. Un assemblage de 72% de Pinot Noir et 28% de Chardonnay avec quelque 7% d’ajout de vin rouge issu de la fameuse Côte aux Enfants, ce monopole maison aux pentes raides. Puis 10 ans de vieillissement avant de décider de sa commercialisation cette année. Du temps disions-nous, chez Bollinger, il faut laisser le temps au temps. 
Mais du temps au millésime en cours, il n’y a qu’un pas, que Jérôme Philipon franchit avec allégresse. Franc, l’homme annonce que 2017, « ce n’est pas l’année du siècle » contrairement à ceux qui sur les réseaux sociaux, avec force images retouchées, veulent nous faire croire en la magie d’un millésime bien compliqué. Toutefois, il avoue des accents champenois indéniables. Une Côte des Blancs qui a démarré tardivement, un département de l’Aube qui finalement s’en sort bien et des rendements en dessous des estimations globales. Bref, une année source de « fierté et d’espoir ». Fierté dans la justesse de prises de décisions, dans la sélection sévère et dans le choix d’un élevage en bois qui patine le tout. Espoir d’un état sanitaire « deux fois mieux que dans la moyenne champenoise » qui laisse présager de belles choses. Seul le temps nous le dira. 
Le temps justement. Rien de mieux qu’une dégustation pour se remémorer des souvenirs et prendre la pleine conscience de la nécessité de laisser le temps au temps aux vins de la maison Bollinger. 

Champagne Bollinger Rosé 2006 
N’ayant pas son équivalent en blanc, Bollinger Rosé 2006 devient la toute première édition limitée dédiée à une cuvée rosée chez Champagne Bollinger. 
Framboise, fleurs, un peu verveine également avec une réelle fraicheur d’ensemble. La bouche est vineuse, précise, bien en place avec des notes de framboise, de fleurs de printemps. Un rosé aérien, précis, gastronomique jusqu’au bout des bulles. 17/20

Champagne Bollinger La Grande Année 2007 
Après quelque temps en bouteille, le vin prend plus d’ampleur avec des notes de miel, d’acacia, de fleurs blanches. Beau boisé vineux en bouche avec un toucher de bouche d’une belle précision. 17,5/20

Champagne Bollinger - La Côte aux Enfants - 2013
Une parcelle unique de 4 hectares, vinifiée dans la plus pure tradition bourguignonne (vendange en vert, tri manuel, macération pré-fermentaire à basse température) pour un nez d’iris, de sureau, de cerise noire. Fraicheur et tension de la vendange entière, précision du grain, délicatesse. Superbe. 18/20

Champagne Bollinger RD 1973 (en Jéroboam)

Ce vin est issu de 16 crus différents, composé de 70% de Pinot Noir et fut dégorgé en 2012. Le nez est magnifique de suavité de miel, boisé, acacia, un peu frangipane. Le toucher de bouche exprime une sensation citronnée bienvenue pour sa rectitude et surtout des notes de cédrat et d’agrumes particulièrement racées. Un grand moment. 18,5/20