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Aquaponie, une nouvelle forme de culture

L’Eau à la Bouche, cette ferme nouvelle norme créée il y a 3 ans par Pierre Bochard et Paola Biton, est en pleine expansion. Installée à 25 minutes de Bordeaux, elle connaît un développement réel grâce à l’intérêt que portent les chefs cuisiniers aux produits ultrafrais qui y sont proposés. Novateur en France, ce mode de culture est toutefois ancien. Découverte par FSM

L’aquaponie qu’est-ce que c’est ? 

Les Mayas et les Aztèques y avaient recours, les Asiatiques également, notamment en Chine, Thaïlande et Indonésie. C’est un type de culture qui associe poissons et culture hors sol. La plante plonge ses racines dans l’eau et va se nourrir des déjections animales riches en ammonium, naturellement transformés en nitrates par des bactéries. Elle filtre aussi l’eau qui reste propre pour les poissons. 


© l'eau à la bouche / une fois germées, les graines en godets sont prêtes pour l'installation


Développement d’un circuit autonome, aqua ça sert ? 

Dans des paniers plastique ajourés, des semis sont plantés dans un substrat où vont germer les graines. Une fois que les plantes commencent à pousser, les paniers sont déposés sur des plaques flottantes, pour maintenir un peu du substrat dans le panier. Le substrat est composé de déchets de fibres de coco, naturels, plus neutres que le terreau qui pourrait entraîner le développement de moisissures. La plante va ensuite prendre les aliments dont elle a besoin directement dans l’eau, sans perdre l’énergie qui lui serait nécessaire dans la terre, nous explique Pierre Bochard, en s’enfonçant à une profondeur qui lui permette de se nourrir. A la ferme, ce sont les poissons qui leur fournissent indirectement la matière nourricière, eux-mêmes sont nourris de graines bio. Les plantes ne reçoivent aucun traitement. La truite reste un témoin vivant de la qualité de l’eau. En effet tout ajout chimique aurait un effet mortel sur le poisson. Seule une lutte bio intégrée (avec l’intrant d’insectes prédateurs d’insectes ravageurs est ici permise). Tout se passe sous serre, ventilée les jours de beaux temps. 


© l'eau à la bouche / les plantes sont élevées sous serre


Qu’est-ce que cela consomme ? 

La consommation d’eau est plus faible que dans un système de culture traditionnel, par le biais de la libre circulation de l’eau entre les plantes et les poissons. Seule une légère évaporation nécessite d’intégrer régulièrement de l’eau dans le circuit. A la ferme, un système de récupération d’eau de pluie permet d’optimiser la consommation. Les besoins en électricité de l’installation seraient comparables à ceux d’un radiateur électrique domestique, explique Pierre Bochard. 


© l'eau à la bouche / la croissance des salades est plus rapide


Quels produits obtient-on? 

Résultats ? des salades dont la croissance gagnerait 2 semaines sur une durée totale de 6 semaines. Le ferme L’Eau à la Bouche est maraîchère avant tout. Le choix du poisson nourricier est la truite, parfois commercialisée, elle n’est pas ici une source de revenu. On y vend plutôt des légumes et des fleurs. Il n’y a pas de légumes à racines, comme les pommes de terre, mais des carottes parisiennes (rondes), des choux-raves, betteraves… tous les légumes à feuilles et les plantes aromatiques sont reproductibles. 


© 'eau à la bouche / l'aquaculture est possible avec un certain type de plantes à racines


Qui achète ? 

Le projet Initialement prévu pour composer des paniers réservés aux particuliers, privilégie désormais le circuit des professionnels de la restauration. Désormais la logique du BtoB est intégrée. Les établissements acheteurs sont à Bordeaux et Saint-Emilion. La livraison est assurée par l’exploitant dans un rayon ainsi limité, qui assure par la rapidité des transports la fraîcheur des produits, bien souvent commandés la veille pour le lendemain. Fraîcheur et goût sont assurés par ce système d’exploitation qui reproduit des gestes anciens qui ont intégré les nouvelles technologies. 


© l'eau à la bouche


Des installations existent à plus grande échelle en Australie, au Canada et aux Etats-Unis. En France elles se comptent sur les doigts d’une main, histoire de nous mettre l’eau... à la bouche.

contact: voir site 


couverture © l'eau à la bouche